AU 9 RUE DES NOUV’AILES #37

11 mars 2019 § 0 commentaire § permalink

Embellir.

EMBELLIR PARIS, c’est le nom d’un appel à projets lancé par la mairie de Paris autour d’une vingtaine de sites choisis dans la ville pour y implanter, pour une durée de un à cinq ans, un projet destiné à « embellir » la ville. C’est dire si cet appel tombait à pic pour y envisager l’installation à venir de ma sculpture LA ROUE DU TEMPS qui est toujours sur le rond-point de Cologny, près de Genève, et ce jusqu’au 12 avril prochain. Quand j’ai reçu cet appel et visité en écrans les sites proposés, celui de la place de l’Europe, juste au-dessus de la Gare Saint Lazare, désormais appelé Place de l’Europe-Simone Veil, était celui correspondant le mieux à l’espace nécessaire au rayonnement de la Roue et à son implantation. J’ai donc beaucoup travaillé ce dossier dont vous pouvez voir quelques traces imagées dans la photo n°1 de ces Nouv’ailes.

Comment ne pas rêver d’un tel rayonnement pour cette roue des saisons en forme de calendrier du temps ?

J’attendais évidemment avec espoir les résultats de cette consultation qui devait être publiés fin mars. Las ! la sentence est tombée prématurément par un mail laconique m’annonçant que mon projet n’avait pas passé l’examen de la commission technique : le site est au milieu du viaduc qui surplombe les voies ferrées et ce faisant, ne pourrait supporter le poids de la Roue (1500kg) et la dalle en béton nécessaire à l’implantation.

La frustration fut à la mesure de la culpabilité qui vint de ne pas avoir été assez vigilant sur les contraintes du lieu qui imposaient un maximum de 500kg/m2. Pour ne pas trop empiéter sur la végétalisation du terre plein central, j’avais préconisé une dalle en béton carrée de 1m de côté. Mon projet aurait-il passé cet obstacle si j’avais opté pour une dalle plus grande ? Je ne le saurais jamais…

Une demie heure après la réception de ce courriel, un autre me donnait nouvelles de ma douzième candidature à Horizons-Sancy, un symposium de land-art dans ce massif d’Auvergne : « Malgré tout l’intérêt de votre candidature, nous sommes au regret de vous informer que nous n’avons pas pu retenir votre proposition. »

Il y a des moments où la synchronicité forge le caractère et oblige à distance et à relativité.

Je n’ai pas habitude de montrer dans les pages les projets que je ne réalise pas… mais prenez ces quelques confidences partagées comme un baume sur ma déception de n’avoir pas pu concourir et ma légitime envie de voir cette Roue convoler en juste lieu… Fragments des dessous de la vie d’artiste, comme dit la chanson. Nourrir des projets qui sont le carburant de la création et rester ouvert quoiqu’il advienne…

C’est ce qu’il me vint à l’esprit quand quelques jours plus tard, je reçus invitation cette fois positive pour aller participer à un festival de sculpture sur tourbe… En Lettonie, pas loin de Riga dans la ville de Jegalva. Ce sera du 15 au 19 mai prochain et je me réjouis de cette aventure balte.

« Prendre un selfie c’est tourner le dos au monde » a dit Rachida Brakni, marraine du Printemps des Poètes qui s’ouvre aujourd’hui.

Entendu lors d’une émission radio sur le complotisme : « comment voulez vous que ce phénomène ne se développe pas quand on sait qu’il existe un « complotiste d’Etat«  qui nie toujours le massacre de plus d’une centaine d’algériens le 17 octobre 1961 ? »

À propos de l’Algérie qui semble aujourd’hui se réveiller contre un « cinquième mandat », lisez L’Art de Perdre, beau livre d’Alice Zeniter couronné du Goncourt des Lycéens.

Et replongez dans l’univers de Laurent Gaudé avec Salina, pièce de théâtre en forme de conte qui emporte l’imaginaire.

Lu aussi une belle bande dessinée silencieuse intitulée Là où vont nos pères de Shaun Tan. Belle mise en images des exils et autres migrations qui a obtenu le Fauve d’Or à Angoulême en 2008. Puissant.

Côté ciné, difficile vu l’actualité de ne pas aller voir Grâce à Dieu, de François Ozon. Édifiant !

Le port de la ville où habite le Pape s’appelle … Ostie !

Mais ne ratez pas aussi Les Eternels, dernier film de Xia Zhang-Ke. Superbe !

Dans les précédentes nouv’ailes, je vous ai parlé de l’hommage rendu par Izia et Arthur H à leur père Jacques Higelin. Pour prolonger ce moment magique, écoutez l’émission Boomerang qu’ils ont fait quelques jours après cet hommage :

https://www.franceinter.fr/emissions/boomerang/boomerang-11-fevrier-2019

Et que vive l’embellie du printemps !

Do 9319

AU 9 RUE DES NOUVAILES #36

12 février 2019 § 0 commentaire § permalink

Suspendu.

Je suis encore suspendu aux si belles émotions que La Roue du Temps m’a fait vivre cet après-midi là du 11 janvier aux bords du giratoire de Cologny. La fluidité de l’installation, la puissance de l’impact visuel du monument in situ, la lune qui vient jouer avec son croissant dans les dents de cet engrenage intime et extime, les voitures qui tournent comme un manège magique et les flocons de photos envoyées par les amies… Avec aussi au cœur cette drôle d’inquiétude… Comment vendre cette bouteille d’acier jeté dans l’océan du marché de l’art… ?

Alors à propos de marché, un peu de transparence, même si dans notre cher pays, parler d’argent n’est toujours pas de mise ! À ce jour la souscription des gravures et des tee-shirts a égalé la subvention de 4500CHF (env 4000€) de la Mairie de Cologny, le tout représentant à peine une petite moitié du coût total de cette réalisation. Alors pour faire taire ce soupçon d’inquiétude, j’ai répondu à l’appel à projet de la ville de Paris qui s’appelle « Embellir Paris ». Une vingtaine de sites parisiens ont été proposé pour une intervention artistique d’une durée de 1à 5 ans. Alors j’ai proposé que cette Roue du Temps vienne rouler pendant quelques années sur le pavé parisien… À suivre, peut être … Et rappel, vous pouvez toujours soutenir ce projet, la souscription est toujours ouverte www.dodelaunay.com/accueil Merci !

En attendant, un grand merci à la société CMC (Constructions Mécaniques du Chablais) qui m’a si bien accompagné dans cette aventure. Et j’espère dans celles à venir…

Et voilà, je suis désormais un fleuve de 65 berges heureux dans le cours de son lit.

Aux enfants des écoles, j’aimais bien dire en ce début d’année « ah ! c’est le début de l’été » devant leurs oreilles étonnées et leurs yeux écarquillés des frimas hivernaux. Comme le montre La Roue du Temps, c’est maintenant le temps où les jours allongent leurs heures d’hiver pour aller à la rencontre de l’été qui vient. Et comme chaque année, c’est le temps de répondre aux appels des projets…

Alors que naissent peut-être Tourne-Boucle, L’Envers des Miroirs, Fleurs de Plumes, Écho-logis, Tisser le Ciel, Y, Arche en Ciel ou les Joies d’en Bulles…

« J’envie l’art » aurait dit Jean Vilar.

Ces déplacements helvétiques et ces projets sont un tantinet chronophages et lectures et cinés s’en ressentent… Mais en ces temps américano-donaldo-paranoïaques (tiens, il faudrait relire Les Américanoïaques du grand Rezvani), j’ai beaucoup aimé Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain, roman d’une mort annoncée et de l’envers du décor américain du début des années 1960. Et là je viens de replonger dans l’univers de Jo Nesbø avec une nouvelle enquête de Harry Hole… Toujours aussi captivant et même capturant….

Le temps est venu de choisir entre la satiété de consommation ou la société de consumation…

J’écris ces lignes en écoutant les Victoires de la musique à la radio. À cet instant, Izïa et Arthur H viennent de rendre hommage à leur père Jacques Higelin. Champagne !

do 9219

Au 9 rue des Nouv’ailes #35

6 février 2019 § 0 commentaire § permalink

Un an et deux jours.
Il y a eu un an hier, maman s'en allait dans l'au-delà du temps, dans deux jours LA ROUE DU TEMPS va s'installer sur le Giratoire de Cologny, dont je vous parle et vous rebats les oreilles depuis quelques nouv'ailes.
Ces deux événements sont corrélés puisque son départ a libéré quelques énergies sonnantes et trébuchantes qui m'ont permis de mener ce projet à terme. Je pars demain pour Genève et vendredi 11 janvier 2019 vers 14 heures, la Roue aura été dédouanée, transportée, levée et posée sur le rond point de la route de Vandœuvres, sans même interrompre la circulation des bus de cette banlieue de Genève sur la rive sud du Léman. Puisqu'il est dans l'air du temps trouble d'occuper les ronds points, je suis heureux et sereinement excité de le faire artistiquement avec ma première sculpture monumentale.
À bientôt pour les photos !!!
Et merci à tous celles et ceux qui ont souscrit à ce projet en gravure ou en tee-shirt ! La souscription reste ouverte... https://dodelaunay.com/accueil/
Décembre fut période de rangement (inachevé) de l'atelier trop plein, mais le temps des réponses aux appels à projets est revenu avec sa part de rêves, de créativité et d'imaginaire.
Et revient aussi l'envie de re-démarcher les galeries avec le nouveau book que je viens de me faire éditer.... Mais cela reste une épreuve redoutable que de franchir en demandeur le seuil de ces officines...
Peu de cinéma pendant cette période d'entre ans, mais néanmoins une pépite : Asako I &II de Ryusuke Hamaguchi dont j'avais déjà bien aimé Senses au printemps dernier. Belle histoire formidablement jouée à la beauté formelle magnifique. Des cadres captés comme des tableaux.... À voir aussi Bohemian Rhapsody de Brian Singer, biopic bien ficelé sur la vie de Freddy Mercury du groupe Queen avec l'impressionnant et perfor(m)ant Rami Malek.
Il y a vingt ans j'avais été profondément séduit par Le Dieu des Petits Riens, puissant roman de l'indienne Arundhati Roy. Alors quand j'ai su qu'elle venait de publier un second livre, j'ai couru l'emprunter à Ulysse, ainsi se nomme la médiathèque de mon quartier. Le roman s'appelle Le Ministère du Bonheur Suprême et je serai curieux d'avoir votre avis si vous le lisez. Roman foisonnant, déroutant, qui m'a perdu, m'a retrouvé et m'a emporté dans le torrent sauvage de sa langue jusqu'au terme apaisé de sa lecture.

L'hiver est là mais la Roue du Temps nous dit que l'été a commencé à germer dans le minuscule allongement de la durée du jour. Restons attentifs. Alors comme l'a si bien dit Spinoza : bien faire et rester en joie.
Mon amoureuse m'a offert pour la joie du solstice une belle écharpe safran en soie et mohair d'angora.
do 9119

AU 9 RUE DES NOUV’AILES # 34

9 janvier 2019 § 0 commentaire § permalink

9 décembre 2018

« Mon port balance » a dit l’oiseau à sa descente d’avion après la lecture des précédentes Nouv’ailes. Les vagues transatlantiques ont poursuivi leurs lentes oscillations mémorielles, parfumées de bagels new-yorkais, de feuilles d’érable et de délices de la mer à la sauce Queen Mary. Avec en bruits de fond les vapeurs d’armistices et le soufre jaune des gaz lacrymogènes qui augmente le pouvoir d’crachat et aveugle les marches pour le climat. Le niveau de l’amer monte, la sommation de consommer asphyxie le tiers du monde et même toujours plus, le pactole du pétrole suicide l’espoir sol(id)aire d’une petite planète bleue et l’humanité se menace d’une insouciante disparition. Et construit des murs de frontières pour mieux foncer dedans, sans oser prévenir ses enfants. Je ne le dirai pas mais pourtant j’aurai bien envie de dire « que l’on vous l’avait bien dit ». Et de faire revenir Reiser, Gébé et tous les amoureux de l’An 01.

Il est temps de mesurer la différence entre nos futurs et no future.

Deux podcast d’émissions de radio se sont télescopées dans mes oreilles de ce mois. Celle sur la campagne présidentielle de René Dumont en 1974 – tout était déjà dit- et celle sur l’irruption du Big Brother de la télé-réalité en 2001- chaque jour, il faut éliminer un des participants, « puisqu’on n’arrête pas le progrès », puisqu’il faut virer le maillon faible… Mais voilà que l’on a maille à partir avec les mailles du tissu social et qu’il faut éviter qu’il se détricote, voire même prendre un nouveau patron… qui ne soit pas taxé d’être une copie carbone… « À vos souhaits ! » Mais il est interdit d’éternuer !

Le rire de celui qui a atteint la félicité est sans pourquoi (Tchouang-tseu)

Dans un mois, le 11 janvier, La Roue du Temps sera installée sur le rond-point de Cologny, près de Genève. Et je mettrai mon tout nouveau tee-shirt pour fêter cela ! Vous en voulez un ? Allez à la photo n°1 de ces Nouv’ailes et passez par la case « Départ pour une belle année 2019 ».

C’est facile de commander sur Internet, cette à-ma-zone commerciale qui met la consommation à portée d’être apportée à domicile. Ça ne va pas ? Pas grave, on peut renvoyer gratuitement le produit à l’expéditeur et fera travailler ces nouveaux esclaves moderne que sont les sous-traitants d’Amazon et continuera d’alourdir le bilan carbone de la planète. Il y a au moins Trois Suisses que cela Redoute.

Il y a des films dont on a pas envie de sortir en sortant du cinéma. Ce fut le cas pour Amanda de Mikhael Hers, dont j’avais déjà beaucoup aimé Ce sentiment de l’été. Ce le fut aussi pour Pupille, beau film sensible sur et autour de l’adoption.

Je voue une cordiale détestation à ce ou cette styliste qui a lancé il y a quelques années la mode des jeans déchirés, cette singerie soit-disante moderne des haillons de la pauvreté. Même sentiment pour l’envahissement de nos costumes des villes et de nos costumes des champs par les motifs de camouflage militaire !

« En quinze ans un tiers des oiseaux ont disparus de nos ville et de nos campagnes » ont alerté le Muséum d’Histoire Naturelle et le CNRS. En un an, 21000 tonnes de plomb sont dispersés dans la nature par les chasseurs en Europe. Quant aux chats et autres matous dont les minois ont fait florès sur les moustaches de nos écrans, il s’avère que ce sont en réalité de furieux prédateurs qui ont sûrement leur part de responsabilité dans cette hécatombe volatile.

Content d’entendre le photographe brésilien Sébastião Salgado confirmer à la radio mon intuition que la destitution de Dilma Roussef et la mise en prison de Lula étaient bien une forme de coup d’état « soft » dont le militaire de profession Bolsonaro est la suite logique.

J’ai acheté le numéro spécial de Reporters Sans Frontières consacré à Vincent Munier. Un excellent moyen de soutenir la liberté de la presse et de se régaler l’œil avec ses somptueuses et émouvantes photos noir & blanc d’ours blancs ou noirs, de grues du Japon ou de phoques barbus.

« Je vis avec curiosité » a dit Louis Sébastien Mercier (1740-1813)  cité par le grand Jean Claude Carrière dont la devise est « les hommes n’ont pas besoin de croyances, mais de connaissances » dans une belle et savoureuse émission de France Inter à (ré)écouter :

https://www.franceinter.fr/emissions/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-30-novembre-2018

Cent milliards, c’est à quelques unités près, le nombre d’étoiles dans une galaxie, le nombre de galaxies dans l’univers, le nombre de neurones dans votre cerveau et le nombre d’humains passés sur Terre depuis l’Origine du Monde qui se perd dans la Nuit des Temps.

Fêtes vos jeux et ne mettez pas tous vos vœux dans la même année.

do 91218

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #33 (ou la Transe Atlantique du Queen Mary 2)

8 novembre 2018 § 0 commentaire § permalink

8 novembre 2018

      Un poisson et un oiseau.
      L’océan et le ciel. L’horizon et la verticale.
      Le poisson, je l’ai vu le premier matin de la traversée après le départ de Southampton. Quelques dauphins sont venus jouer dans l’écume et j’ai retrouvé leur écho dans les pales des hélices très contemporaines sur le pont avant du bateau (photos 1et 2). L’oiseau, il m’a été donné, à peine débarqué, sur les quais de Brooklyn, chapeautant de son vol la silhouette érigée de la Statue de la Liberté (photo 8). Entre ces deux termes de cette bulle d’espace et de temps en forme de paquebot, il y aura le bain dans le jacuzzi sur le pont arrière, la contemplation sans fin de la ligne d’horizon à travers la fenêtre de la cabine 4048 (photo 3), les portraits croqués dans les bars ou les coursives (photo 4). Le concours de fléchettes, les parties de scrabble sur le pont n°2, au ras des flots, là où la mer d’un profond bleu métallique agite aux abords de Terre-Neuve des vagues qui ressemblent à des montagnes dont l’écume mouvante serait comme un instant de neige éternelle.
      Il y aura aussi le plaisir d’une conférence sur mon projet de sculpture en Suisse LA ROUE DU TEMPS que je donnerai pour le public francophone de cette traversée, une cinquantaine de français parmi les quelques 1200 britanniques, les 500 américains et la trentaine de nationalités présentes sur le Queen.
À ce propos, ma souscription pour LA ROUE DU TEMPS est toujours ouverte, vous pouvez la retrouver sur la page d’accueil de mon site dodelaunay.com. Et c’est parce que je pars ce jour à Genève pour préparer son installation que ces Nouv’ailes paraissent dès le 8.
      Après l’inoubliable mais fraîche arrivée dans le port de New York, juste avant l’aube de ce jeudi 25 octobre, pendant que la pleine lune descendait doucement pour venir coiffer la Statue de la Liberté, il y eut l’hôtel à Times Square, la découverte du métro, de sa vétusté crade et de sa signalétique d’un siècle passé, le passage au mémorial de Ground Zero (photo 6) et la montée dans le ciel ensoleillé au One World Trade Center, plus haut gratte-ciel de la Grosse Pomme ouvert en 2014 et mesurant 1776 pieds (541m), en référence à l’année de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis. De cette tour admirée dans le soleil levant depuis les ponts du Queen Mary, nous le vîmes alors reprendre la mer (après douze petites heures de ravitaillement dont je vous laisse imaginer la logistique bien rodée) et faire un tour sur lui même dans la rade de New york pour saluer le porte-avion Queen Elizabeth a qui en son honneur fit tonner quelques coups de canon… (Photo n°5)
      Puis il y eut le ravissement des yeux et du cœur devant les toiles et sculptures du MOMA, les citrouilles d’Halloween sur les escaliers de Soho et de Greenwich Village, les écureuils, un saxophoniste et un quintet de jazz vocal dans les allées de Central Park, une messe évangélique et chantante à Harlem, et pour boucler ces denses jours sur les bords de l’Hudson, sa traversée piétonne sur le Brooklyn Bridge à la tombée du jour qui allume les lumières de la ville.
      Une fois passé les frontières peu accueillantes de la douane américaine, il y eut la chaleur retrouvée des amies québecoises, le fun automnal et francophone de Montréal, le plaisir de fouler et de se souvenir de la rue Sainte Catherine, du boulevard Saint Laurent et des quais du vieux port d’où j’embarquais il y a trente cinq ans sur un autre paquebot cette fois polonais qui s’appelait le Stefan Batory.
      Des amis suisses ont œuvré pour que se tiennent en septembre dernier une votation pour inscrire la bicyclette dans la constitution de la confédération helvétique. Cela peut paraître un détail mais imaginez les conséquences sur l’aménagement des territoires et la prolifération des pistes cyclables ! Les Suisses ont voté pour à 74%. À quand une telle initiative en France ?
      Sur les ponts du Queen, j’ai lu Avec toute ma colère d’Alexandra Lapierre, qui conte la relation tempétueuse entre Nancy Cunard et sa très british de mère, Maud. J’ai connu l’existence de cette héritière de la compagnie anglaise qui arme Le Queen Mary 2 par les photos qu’en a fait dans les années 30 Man Ray. Ses bras ornés de nombreux bracelets africains sont devenus icône des années phare du surréalisme. Puis j’ai poursuivi mes lectures maritimes par un livre au titre opportun de l’islandais Jón Kalman Stefánsson qui s’appelle D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds. Dans un récit qui s’étend sur trois générations transpire toute la puissance narrative des contes et histoires de cette île de l’Atlantique Nord. Page 47 : « La vie naît par les mots et la mort habite le silence. » Je repenserai à cette phrase et à ma maman en assistant à la Fête des Morts au Musée des Arts Amérindiens, à la pointe sur de Manhattan (photo 7). Un moment fort de plumes, danses et tambours qui résonnent dans les lointains de l’âme.
      En parlant de son dernier livre Dix sept ans, Éric Fottorino raconte qu’on lui disait qu’il était un enfant débrouillard et lui entendait qu’il était un enfant des brouillards.
      Au retour de voyage, pour rester dans le bain du voyage, j’ai renoué avec le cinéma en allant voir… Le Grand Bain, film très réussi de Gilles Lellouche et En Liberté de Pierre Salvatori…
      Cinq jours après le retour en avion, les effets du décalage horaire s’estompent doucement, à l’aller il fut peu ressenti puisque découpé en six reculs du réveil tout au long des nuits de traversée. Les vagues de ce beau moment de voyages continuent à bercer neurones et frissons de ma peau. J’écris cette chronique en écoutant la belle voix de musique de la chanteuse danoise Agnès Obel.
      Ce matin, les poissons ont des ailes de voyage.
do 81118

AU 9 RUE DES NOUV’AILES # 32

10 octobre 2018 § 0 commentaire § permalink

      Neuf mois, neuf jours.
      Il y a eu neuf mois hier que Maman s’en est allée, il reste neuf jours avant que je m’embarque avec ma sœur Brigitte sur les ponts transatlantiques du Queen Mary 2 pour penser à elle et découvrir à l’aube du 25 octobre la Statue de la Liberté, Ellis Island et les tours qui grattent le ciel de la Grosse Pomme. Avant de revenir via Montréal « dans un grand Bœing bleu de mer » comme l’a si bien chanté Robert Charlebois. Est-il utile de préciser l’excitation paisible qui baigne mon cœur à l’horizon des quais de Southampton avant ces sept journées océaniques? Écho d’une autre traversée, cette fois dans l’autre sens qui me vit débarquer, il y a 35 ans dans le port de Rotterdam, au retour d’une année sabbatique et québécoise qui me fit embrasser les joies de la vie d’artiste…
      Avant cela, et après les joies circulaires de l’Aronde des Regards sur les bords de la Gironde, vint une période intense à l’atelier pour finir toute une série de tableaux commencés pour certains depuis plusieurs années et pour préparer un nouveau book retraçant mes différentes réalisations entre 2016 et 2018… L’Œil du Temps que je joins à ces Nouv’ailes en est une des traces.
RAPPEL :la souscription pour LA ROUE DU TEMPS qui sera installée en janvier prochain près de Genève est toujours en cours. Vous pouvez la retrouver sur la page d’accueil de mon site
      Vous n’en pouvez plus de cette actualité mortifère qui décadanse le monde insouciant qui va dans le mur qui se réchauffe aveuglément ? Lisez Mécaniques du chaos, prix 2017 de l’Académie Française de Daniel Rondeau, patchwork de personnages fictionnés entre Istanbul, Corbeil-Essonnes, Paris, la Libye … Mieux que la réalité…
Au rayon découverte, une auteure à l’écriture originale : Céline Minard. J’ai lu Le Grand Jeu, roman d’une retraite d’une femme en montagne qui en rencontre une autre et je viens de commencer Faillir être flingué pour lequel elle reçut le prix du livre Inter en 2014. Et me voilà embarqué par sa belle écriture dans les grandes plaines far west du western américain. Chevauchant !!! À lire avant d’aller voir Les frères Sisters de Jacques Audiard.
Dans la famille lectures écossaises, je demande et recommande Je te protègerai, dernier opus traduit de Peter May.
      Dans les autres films du mois, Fortuna, beau film noir et blanc de Germinal Rouaux, qui réfugie une jeune éthiopienne dans un couvent suisse. Un peuple et son roi de Pierre Schœller, belle et intéressante fresque sur la révolution dont on espère la suite…
      Connaissez vous Qwant ? Ce n’est pas l’avatar numérique d’un philosophe allemand, mais le nom d’un moteur de recherche français qui ne piste ni ne conserve les traces de vos cheminements numériques ? Il va être désormais utilisé à l’Assemblée Nationale et au ministère des Armées, (qui ne s’appelle plus ministère de la Défense…). Bye bye Google et son vampirisme asservissant… On n’entend plus beaucoup parler des GoogleGlass -ou l’écran dans vos lunettes- mais maintenant on va nous bassiner avec la voiture autonome, vedette du salon de l’auto qui se tient cette semaine à Paris. Me prend soudain l’envie d’un gigantesque bras d’honneur face à ce soit-disant progrès qui voudrait nous priver de (se) conduire et de demander à cette auto(nome)mobile ce qu’elle fera face au mur vers lequel roule notre petite planète bleue… pleine de bleus !
« Et pourtant » comme le chantait le petit mais grand Shahnourh Varinag Aznavourian, j’ai besoin et envie d’affirmer dans ces quelques lignes qu’il faut coûte que coûte maintenir cet incessant et nécessaire combat pour dire, chercher, créer, abreuver la beauté du monde. Et comme le disait le sage Jean Pierre Vernant, sans cesse remettre sur le métier « l’optimisme de la volonté pour qu’il ne soit pas anéanti par le pessimisme de l’intelligence ».
      Ces Nouv’ailes sont magiques : elles peuvent se transformer en valise océane ou en malle aérienne. Alors, lecteurs fidèles et les autres aussi, je vous glisse dans les poches joyeuses de mon sac à Do et vous emmène valser dans les pages qui tournent la dense danse du voyage. À bientôt ! Ça rime avec hublot !

DO 91018

 

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #31

18 septembre 2018 § 0 commentaire § permalink

        La dix-septième.
        Pour cette nouvelle saison du Journal du Neuf, le 9 mute en 6 à cause de l’Aronde des Regards que je pars demain faire sur les bords de la Gironde, dans le cadre du Sentier des Arts, là où j’avais réalisé il y a deux ans Ailes de Gironde (voir Nouv’ailes #28). Faire du 9 du 6, on pourrait presque entendre faire du neuf avec du « si ». Et faire taire les bémols du monde.
      Je vous ai envoyé en début d’été un appel à souscription pour soutenir par l’achat de gravures mon projet de sculpture monumentale LA ROUE DU TEMPS qui sera installée sur le giratoire de Cologny, près de Genève au premier trimestre 2019. Dans les réactions qui ont suivi cet appel, plusieurs m’ont dit « mais pourquoi ne fais-tu pas un crowdfunding ? » Peut-être y viendrais-je plus tard mais dans un premier temps, je souhaitai que ce soutien se manifeste par un échange, un partage à travers l’acquisition d’une œuvre d’art à prix pas trop élevé. À ce jour, près d’une vingtaine de gravures ont trouvé preneur et l’appel continue, vous pouvez le retrouver sur la page d’accueil de mon site dodelaunay.com. La ville de Cologny finance une partie des frais de cette exposition temporaire dont j’ai saisi l’opportunité pour partir à l’aventure du monumental. Cette souscription me permet de finaliser le budget de cette sculpture que j’espère à terme pouvoir vendre. J’ai besoin de votre aide et de vos soutiens. D’avance grand merci d’en être et d’en parler.
       La surface des pérégrinations estivales fut d’un hectare de nectar.
Combien de litres d’encre ont-ils été nécessaires pour faire tous les tatouages que j’ai pus voir sur les corps de l’été ? Et quelles étaient les proportions des métaux lourds cancérigènes dans ces peintures de peaux qui ont déjà commencé à vieillir ?
       La recette disait de faire revenir les oignons, mais je ne savais pas où ils étaient partis.
Intuition paranoiäque : J’abandonne Notre Dame des Landes mais tu me mets les nationales et départementales à 80, comme cela les gens prendront davantage l’autoroute pour sacrifier aux insatiables dieux de la vitesse et moi, Léonard de V ferait rimer péages avec avantages…
J’ai commencé hier le livre d’Adélaïde Bon, La petite fille sur la banquise. Qui décrit, j’en suis à mi-livre, les méandres nauséeux et les rebonds dévastateurs d’attouchements sexuels sur une petite fille de neuf ans qui met des années à poser le mot viol sur ce trou noir de souvenir encré en corps comme un tatouage indélébile. Et je repensais, en visitant les lourdes églises baroques des environs du Lac d’Orta et du Lac Majeur à cette formidable escroquerie qui depuis deux mille ans voudrait nous faire accroire qu’un dieu serait né d’une vierge. Et à celle d’un pape qui dans son incurie romaine incapable de balayer ses miasmes pédophiles voudrait envoyer les tendances homosexuelles des enfants chez un psychiatre. Basta ! Trois fois Basta !!!
       J’entends encore le cliquetis des bâtons de rando sur les chemins de pierres de la vallée de l’Arc.
Mais le monument monumental des lectures de l’été fut Le Lambeau de Philippe Lançon, journaliste de Libé et de Charlie qui y était ce sinistre matin d’un 7 janvier 2015 où une balle lui fracassa la mâchoire et la mémoire à la vue de l’éclat sanguinolent du cerveau ouvert de Bernard Maris. De plus en plus, j’évite de lire trop de commentaires, de critiques avant d’ouvrir une première page. Je ne lis que rarement les quatrième de couverture, j’adore les conseils furtifs à la fin du Masque et la Plume, je jouis des murmures qui vont de bouche à oreille. Et là je n’aurai que deux mots à la bouche pour vos deux oreilles : lisez le.
Puis pour ne pas vous arracher les cheveux de rage ou de désespoir, lisez La Tresse de Lætitia Colombani, qui tisse trois histoire échevelées entre Inde, Sicile et Québec. Soyeux !
       1+1=3. Entre Je et Tu, l’espace du Nous.
Peu de cinéma cet été. Mais avant d’aller voir Burning du coréen Lee Chang-dong, j’ai pris le temps de lire Les Granges Brûlées, nouvelle d’Haruki Murakami dont le film est inspiré. J’ai bien aimé l’écrit, j’ai bien aimé le vu et mesuré avec délice l’écart d’attention entre les deux.
Je me suis régalé à voir, face caméra, Guy de et avec Alex Lutz et je n’ai pas résisté d’aller rire avec Pierre Richard et ce bon vieux Schmoll dans l’adaptation de Christophe Duthuron de la savoureuse BD dessinée par Paul Cauuet et scénarisée par Wilfrid Lupano, Les Vieux Fourneaux.
      Est-ce qu’un homme heureux aura une aura ?
Oui, dans la ronde des regards, la roue du temps et la connaissance de soie.
do 6918

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #30

9 juin 2018 § 0 commentaire § permalink

Je landarte. Tu landartes, il ou elle landarte… Mais surtout nous landartons….

À l’origine (mais où se situe-t-elle ?), le land-art était une pratique artistique consistant à intervenir dans un lieu avec des éléments de ce lieu, sans apports extérieurs. Au fil du temps cette pratique s’est étendue à toutes activités « in situ », « in natura » avec comme contrainte supplémentaire celle de donner corps à cette réalité artistique dans un temps donné, et souvent relativement limité. Tel était le challenge du festival ENTRELACS où huit œuvres furent installées en cinq jours sur les étangs de Villeneuve d’Ascq près de Lille. J’ai pour ma part réalisé LA NAISSANCE D’UN L’ARC-EN -CIEL dont vous avez reçu des images il y a quelques jours et dont je ne résiste pas à vous joindre ici quelques reflets. J’avais passé trois jours de couture à l’atelier pour assembler les huit bandes, soit 168m2 de tulles colorés. Outre la contrainte du temps, il fallut faire face aux aléas de la « réalité ». Raccourcir, une fois finie, la largeur de la structure de palettes et de planches pour cause de mauvaise estimation de la dimension du porche de la Ferme Saint Sauveur où elle fut fabriquée. Réviser à la baisse le profil du dispositif à la mesure de l’influence du poids du tulle sur la courbure des arceaux. Et une fois mise à l’eau (grand merci à toute la joyeuse bande de l’Atelier 2, voir à ce sujet la vidéo du transport sur la page d’accueil de mon site dodelaunay.com) s’apercevoir que l’on voyait trop les palettes, bref que la structure lestée de ses bidons-ballasts flottait trop et qu’il fallait la masquer avec du tissu noir (Merci Mathilde !). Et en conséquence passer toute une après-midi à faire le funambule-agraffeur sur ce radeau médusé avant de l’éloigner du bord pour lui donner son espace et éviter les risques de vandalismes nocturnes…

Il paraît qu’il y a un trésor au pied d’un arc-en-ciel… Peut-être est-il tout simplement dans la mise en regard direct avec le public que permet cet « in situ »… Laissez-moi y croire. Mais ce dont je suis sûr, c’est que la lumière était belle dans LA NAISSANCE D’UN ARC EN CIEL !

« Donnez moi votre définition de Dieu je vous donnerai celle du mot croire » Philippe Labro le 25 mai dernier sur Inter.

Les effluves du Japon continuent de déposer leurs parfums dans les strates mémorielles des souvenirs de voyage. Mais au revenir de quelques jours de repos dans le vert du Sud, le retour en atelier fut plus qu’humide pour cause de dégâts des eaux suite à rupture intempestive d’une petite pièce de chasse d’eau en plastoc de rien du tout. Heureusement que les casiers à tableaux étaient surélevés, ce qui n’étaient pas le cas pour les cartons à dessins. Le ciel fut néanmoins clément puisqu’il m’accordât huit jours de soleil et de séchage dans le jardin attenant à l’atelier. Je rentrais le dernier tapis enfin sec deux heures avant le gros orage du 22mai !

Dans 10 milliards d’années le Soleil sera une géante rouge, dans 14 milliards, une naine blanche. « La vie est une puissance obscure, mystérieuse et indéfinissable qui émerge de temps en temps dans l’infini des galaxies puis disparaît et renait ailleurs, à l’autre bout d’une autre galaxie ». Cette réflexion me vint après l’écoute d’un dialogue entre Sylvain Tesson et Etienne Klein à propos d’un livre de Jacques Perry-Salkow Le Vivarium des Palindromes. Où il est dit que « Zeus a été fêté à Suez ».

Je n’ai toujours pas lu En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut, grand succès de l’année 2016 mais j’ai beaucoup aimé Pactum Salis, son deuxième livre aux parfums de sel de Guérande. Ai repris la route de l’œuvre de Peter May avec Les Fugueurs de Glasgow. Je l’avais découvert avec les Disparus du Phare, intrigue romanesque sur fond d’extermination des abeilles par les néonicotinoïdes, ô combien d’actualité à l’heure où Monsanto va (soi-disant) disparaître par le tour de passe-passe de son acquisition par l’allemand Bayer. Grrrrrrr !!!! À l’heure scandaleuse où les députés français n’ont pas voté l’interdiction immédiate du cancérogène glyphosate, ont exigé la présence de caméras dans les abattoirs seulement si ceux-ci sont volontaires, où les lobbies malaisien et indonésien de l’huile de palme menacent de ne plus acheter d’armes et autres sous-marins français, combien faudra-t-il de funestes funérailles de ruches pour que le dard de la conscience écologique pénètre dans les cerveaux humains contemplant sur les grilles de l’UNESCO à Paris la lente et morbide dégénérescence et le blanchiment des massifs coralliens à travers la planète… Il y a des jours où je ne sais plus quoi faire de ma colère non-violente !

J’ai beaucoup aimé Le Livre des Baltimore de Joël Dickert. Et le film Everybody knows d’Asghar Farhadi.

L’été approche. N’ayez crainte des orages. Il est temps de relire la sensualité joyeuse des livres de René Depestre, écrivain haïtien né en 1926. Hadriana dans tous mes rêves ou Alléluia pour une femme jardin.

Et se souvenir que la Terre est un jardin. Et qu’il faut le cultiver. Urgent !

La Rue des Nouv’ailes part en été. Rendez vous au 9ème jour du 9ème mois. Je serai alors en partance pour la Saintonge et mon projet L’Aronde des Regards. Que la votre soit belle !

do 9618

AU 9 RUE DES NOUV’AILES # 29

4 mai 2018 § 0 commentaire § permalink

5 mai 2018

Se payser.

Ce serait l’envers de se dépayser. Ne pas se défaire de repères, d’habitudes, de quotidiennetés et mais accueillir, s’ouvrir, se laisser transpercer par les aiguilles des décalages nocturnes et les pointes des fuseaux horaires. Garder toute latitude de se laisser porter par ce changement de longitude. Tokyo / Kyoto. Tel était le programme anagramme de ces deux semaines nipponnes. Je me souviens avoir appris jadis, lors de quelques cours de chinois que le Japon était nommé par deux kanji, deux caractères, Ri et Ben (prononcés Jeeu Bèn) signifiant soleil et racine. Le Japon, c’est la Racine du Soleil. Ce que nous avons traduit en Occident par (L’Empire) du Soleil Levant.

J’écris ces lignes dans les soubresauts insomniaques des circonvolutions terrestres et aéroportées. Et vais profiter du long week-end de l’Ascension pour me mettre au vert et redescendre de ces deux semaines extra-ordinaires au Pays des Racines du Soleil. Ce qui explique les quelques jours d’avance de ce morceau de Neuf.

Tant à dire, tant de beauté à partager que ces quelques lignes mensuelles n’en sauront épuiser le dit de la joie. Alors faire un tri dans les quinze cents photos rapportées dans la mémoire de l’œil et les tisser deux par deux pour dire les contrastes, les harmonies, les contradictions de ce pays sans mégots dans les rues ni graffitis sur les murs . De cette agglomération tokyoïte trépidante où le regard s’effraie à la première vue du plan de métro et où l’usage s’avère

somme toute assez simple et efficacement optimisé par la gentillesse spontanée des tokyoïtes et de leurs téléphones portables. Les numéros des adresses et les noms des rues étant aléatoirement absents, l’apparition d’un plan de quartier allume une lueur dans l’œil du touriste passant. Las ! Le Nord est tantôt en haut, tantôt à gauche ou à droite, souvent entre deux, ce qui déboussole allègrement l’habitude de l’œil occidental. L’emploi d’une boussole n’est pas saugrenu, notamment les jours où le soleil a oublié de se lever au dessus des nuages et de porter au sol la direction de ses ombres.

1- la douceur accueillante du ryokan (auberge traditionnelle) Yoshimizu à Kyoto et la monumentalité de cathédrale de la mairie de Tokyo dans le quartier de Shinjuku. La saveur du coucher après le bain chaud dans le onsen (bain japonais) et l’invisible vue du Mont Fuji qui se cache derrière l’horizon de la brume de chaleur.

2- la magnificence élancée des toits de la pagode à cinq étages du quartier d’Asakusa, près du temple Senso-ji et le sourire masqué d’une bouche de métro. Est-ce pour se protéger de la pollution ou un geste d’urbanité pour ne pas contaminer son voisin de transport ?

3- le tunnel de toris du parc Nezu Jinja – il était en cette fin d’avril trop tard pour les cerisiers en fleurs, mais dieu que les azalées étaient belles – et les costumes chatoyants des geishas et maikos (apprenties) qui posent devant les marches du temple Kiyomizu-Dera.

4- sur la rive de la rivière Sumida, la Flamme d’Or – carotte de Philippe Starck – sur le siège social de l’Asahi Tower voisine les 634 m de la Skytree Tower, aiguille pas très esthétique dont une énorme colonne de béton est suspendue dans le creux de son centre pour amortir et résister aux tremblements de terre. Les tours grattent le ciel, mais les jardiniers aident les branches des arbres à lutter contre la gravité des feuilles.

5- le dessin de sable des jardins secs du Ryogen-in Temple au sein du vaste monastère de Daitoku dans le nord de Kyoto. Une pure mer de tranquillité à la surface de la Terre, peu après être passé sous cette haute porte de sérénité sacrée qu’est ce tori géant orange.

6- les remous goulus des carpes du Chateau Nijo de Kyoto et le silence doré malgré la foule du Temple Kinkaku, plus connu sous le nom de Pavillon d’Or.

7- notre ami le héron du Palais Impérial de Kyoto écoute le mouvement des planètes de sables en orbite dans le jardin Ryogen-in et dans celui du Daisen-in où les photos sont interdites.

8- dans le quartier hyper moderne d’Obaida de Tokyo gagné sur le mer, un métro aérien et monorail offre un véritable tour de manège dans le déluge de ponts, buildings et autoroutes qui font miroiter leurs électriques constellations nocturnes. Tokyo se prépare pour les jeux Olympiques de 2020 et à cinq cents kilomètres au sud, en 2h19 par l’aérodynamique Shinkansen, le TGV japonais, un bouddha géant veille sur Kodai-ji temple.

Peu de films vus pendant ce mois d’avril, mais deux beaux opus … japonais : The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda et Tanaka, la nuit où j’ai nagé de Damien Manivel et Kohei Igarashi, fugue quasi silencieuse dans un Japon de neige d’un petit enfant voulant montrer un dessin à son père poissonnier parti tôt travailler. Une belle écriture de cinéma !

Côté lecture, La Mer, un joli recueil de nouvelles de Yoko Ogawa acheté au hasard la veille du départ et dont Libé parlait le lendemain dans les colonnes de ses pages Livres.

Et pour finir, Le Restaurant de l’Amour Retrouvé, délicieux et appétissant roman d’Ito Ogawa.

Un toit se courbe,

Un érable rougit.

Le Paisible voyage …

do 5518

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #28

9 avril 2018 § 0 commentaire § permalink

Je ne suis pas un grand lecteur de science-fiction et n’ai pu vérifier cette information entendue à la radio selon laquelle aucun auteur de science-fiction n’avait imaginé … Internet ! Ce trou de mémoire prospective est surprenant et réconfortant : le futur est toujours imprévisible et reste à inventer. Mais, maintenant, essayez d’imaginer le monde d’aujourd’hui sans le Net. Vous pouvez pour cela vous inspirer de Bug, premier volume de la récente BD d’Enki Bilal… Nous sommes en 2041 et un gigantesque bug a effacé la mémoire des ordinateurs, ascenseurs et autres centrales nucléaires… et l’a concentrée dans le cerveau d’un seul individu revenant de la planète Mars… Vous voyez le tableau ?

4, 4, 4, 7 1 9 : entendu avec le rire d’une petite fille de sept ans dans le TGV, ce cri de la poule qui vient de pondre ! Ben oui : « quat’ quat’ quat’, c’est un œuf ! »

Le printemps se remplit de projets et j’en suis fort heureux. Une installation dans le Parc de Saint-Cloud près de Paris dans les jours qui viennent et en septembre prochain L’Aronde des Regards, sur le Sentier des Arts aux bords de la Gironde où j’avais réalisé il y a deux ans Ailes de Gironde. Et une photo ovée que j’aime beaucoup qui va être accrochée en grand format sur les sentiers de Lez’arts en Adret en Savoie. (Voir les photos 1,2,3 en pièces jointes).

Un peu plus loin dans le temps, à l’automne prochain, pour rendre hommage et mémoire à nos chers parents et pour réaliser un vieux rêve né lors de mon retour du Québec il y a 35 ans sur le paquebot polonais Stéfan Batory, nous allons, ma sœur aimée et moi, partir à New York sur le Queen Mary 2. Sept jours d’horizontalités maritimes avant d’arriver au pied de la verticalité des gratte-ciels de Manhattan. Avec à l’aube du septième jour, la vision de la Statue de la Liberté, d’Ellis Island et de toutes les mythologies migratoires liées à ce lieu. Avant un retour en avion qui passera par Montréal. Je me réjouis déjà de ce cadeau que nous nous faisons.

Le vide c’est ce qui reste quand on a tout enlevé… Mais ce n’est pas rien !

Le sujet n’était pas très engageant – un ado toxico dans un centre de désintoxication fondé sur la prière – mais le film de Cédric Kahn, La Prière, est époustouflant, remarquablement joué et d’une formidable puissance sans aucun jugement, fut-il dernier. À voir, absolument. Par contre je ne suis pas entré dans le film de Serge Bozon, Madame Hyde, ni dans le Mektoub Love de Kechiche. Mais n’ai pas été insensible au Carnivore des frères Renier, ni à l’humour décalé de La Belle et La Belle de Sophie Fillières.

Dans les exercices préparatoires au voyage au Pays du Soleil Levant – départ dans 6 jours !- il y a bien sûr les inévitables guides, routard and co, mais surtout un joli petit ouvrage de Corinne Atlan trouvé au récent salon du Livre à Paris : L’Empire de l’Harmonie. Tout un programme !

Dans la fiscalité, il y a deux éléments importants : la fourchette et l’assiette, déterminées par le service des recettes. Pour savoir à quelle sauce vous allez être croqué !

À l’heure où j’essaie de faire éditer trois projets de livres, j’ai lu, sous l’instigation du Café Bla Bla de la médiathèque de mon quartier, un livre d’un auteur anglais, Irving Finkel, intitulé « Au paradis des manuscrits refusés », savoureuse histoire d’une bibliothèque qui recueille les manuscrits qui n’ont pas trouvé d’éditeurs. J’espère bien ne pas y entrer ! Je me suis de nouveau régalé avec La Sorcière, dernier opus de Camilla Lackberg.

Elle se nomme Christine Ley. Je l’avais croisée furtivement à Genève il y a quelques années, et fidèle lectrice de ces Nouv’ailes, elle a proposé de m’offrir son livre, Éternelle, belle variation pleine de fantaisies et d’imaginations sur la vie après la mort. Cela m’a rappelé sur un plan un peu différent, la lecture il y a une trentaine d’années, du livre La Source Noire de Patrice Van Eersel et des livres d’Elisabeth Kübler-Ross dont les travaux allaient permettre l’émergence des soins palliatifs et une meilleure prise en compte du mourir dans la dignité. Je ne sais pas si son livre est disponible en France, mais vous pouvez vous le procurer en papier ou en e-book sur son site www.christineley.ch

Si les anges avaient des ailes, on les verrait dans les angles.

J’ai eu la chance de le voir plusieurs fois en concert, dont une mémorable en août 1984, dans le Stade Olympique de Montréal, où il faisait avec Manhattan Transfer, la première partie de Magie Rose, un show « ben flyé » de Diane Dufresne avec un public tout de rose vêtu ! Jacques Higelin est parti et il nous faut plus que jamais « Alertez Les Bébés ».

Nous qui ne sommes que des grains de poussière. Et des bulles de champagne !

do 9418