AU 9 RUE DES NOUV’AILES #58

11 avril 2021 § 0 commentaire § permalink

Quelle heure est-elle ?

L’exposition Désir, dans le cadre du Printemps des Poètes à la Galerie du Génie de la Bastille n’est restée ouverte que quatre jours avant les annonces confinées de l’équinoxe. Les tableaux sont restés accrochés aux cimaises derrière les portes fermées et les spermatozoïdes volants de peinture et d’osier que j’avais accrochés au plafond de la Galerie continuent d’attendre en silence le souffle des visiteurs pour en faire tourner le regard.

« Le monde est plein de visions qui attendent des yeux » a dit Christian Bobin cité par le chanteur de Feu Chatterton.


La troisième semaine d’avril devait voir dans cette même galerie une exposition célébrant la mémoire et le 150ème anniversaire de La Commune de Paris, ce trou noir de l’histoire de France jamais enseigné à l’école. L’exposition a été reportée à la première semaine de juin mais en attendant et ce, avant le 20 mai, vous pouvez voir en replay ce très beau et émouvant documentaire de Raphaël Meyssan réalisé exclusivement à partir de gravures d’époque et inspiré par l’histoire d’une jeune communarde Victorine Brocher. Magistral ! https://www.arte.tv/fr/videos/094482-000-A/les-damnes-de-la-commune/ Et zappez le bicentenaire de la mort du prisonnier de Saint-Hélène, qui se voulait empereur et fnit exilé !

(Semi) confiné dans les 10 kilomètres imaginaires de mon atelier créatif et travailleur, j’ai aimé m’en évader dans l’image 4 de cette chronique.


« Mon Dieu, mon Dieu, cela ne s’éteint pas
Toute ma forêt je suis là qui brûle
J’avais pris ce feu pour le crépuscule
Je croyais mon cœur à son dernier pas…»

Elle était autrice-compositrice-interprète mais chantait aussi la poésie des autres tel Le Feu, ce poème d’Aragon dont la famme m’a touché il y a bien longtemps. Elle s’appelle Hélène Martin et s’en est allée le 21 février dernier après 92 printemps. Personne ou presque n’en a parlé mais je continuerai d’écouter avec plaisir son coffret de 13 CD que m’avait donné mon amie Suzanne dont la famme s’est éteinte en avril dernier mais dont le sourire me brûle encore de tendresse.

Il y a un an aussi, s’en allait aussi un chanteur cher à ma jeunesse. So long Graeme Allwright !

Savez-vous ce qu’est une écriture boustrophédon ? C’est une écriture dont le sens de lecture change d’une ligne à l’autre, à la manière du bœuf marquant les sillons dans un champ, allant de gauche à droite puis de droite à gauche.
Dont cette dernière partie de phrase pourrait s’écrire :
.gauche à droite de puis droite à gauche de allant, champ un dans sillons les marquant bœuf du manière la à, l’autre.
Cela favoriserait sans doute les joueurs de tennis !

Est ce que les silences des livres délivrent ?

Dans son anthologie de poèmes pour la jeunesse, le poète Abdellatif Laâbi s’est amusé à féminiser quelques expressions de notre langue : alors, imaginez un conte qui commencerait par « Elle était une fois » dans un pays où l’on dirait «Bientôt elle fera nuit, pourvu qu’elle ne pleuve pas des cordes». Tout en se souvenant qu’en allemand le soleil est féminin…

Entendu et lu une information sur une étude voulant mesurer l’effet placébo de l’ostéopathie. Comment ne pas interroger dans ce cas le concept de placébo?? C’est quoi une manipulation placébo? Quid du toucher, de la chaleur d’une main, de son fuide, de l’énergie échangée? En ramenant cette expérience dans son cadre soit disant scientifque, -placébo ou non placébo-, cela revient comme d’habitude à cette même arrogance scientifque de défnir son propre cadre comme étant le seul et unique… Et après s’étonnera-t-on du défcit de confance en la médecine ? Faudrait-il prendre un médiator pour chanter l’injustice qui accorde du sursis et coupe la faim de vivre ?

Peut-on dire de Madame Laguillier qu’elle fut une lanceuse d’Arlette ?

En tous cas n’achetez plus de poivre moulu, préférez-le en grains ! Une étude a montré que moulu, il contenait aussi terre, poussière et résidus de plastiques… Atchoum !!!

Dans les aventures de lecture de ce mois, un superbe, lyrique et poétique voyage en compagnie d’Alexandre, sa mort, ses généraux, son corps et son tombeau sous la plume de Laurent Gaudé. Cela s’intitule Pour seul cortège et est publié chez Actes Sud. Envoûtant.
Les étoiles s’éteignent à l’aube, de l’amérindien Richard Wagamese. Un fls accompagne la mort de son père presque inconnu et alcoolique dans les montagnes de Colombie Britannique. Puissant et émouvant.
Pas loin de là, Rick Bass chronique subtilement la vie sauvage du Montana dans Le Livre de Yaak.
De l’autre côté du Pacifque, l’anthropologue Nastassja Martin conte dans Croire aux Fauves, sa rencontre physique et animiste, humaine et animale avec un ours dans les montagnes du Kamtchatka. De ce livre, il est question aussi dans le podcast réalisé par Maïa Mazaurette sur la mort subite de son fancé âgé de 29 ans, qui s’appelle Une Histoire Intime. C’est fin, fort, vivant. https://www.franceinter.fr/emissions/une-histoire-intime

Si par hasard, vous connaissez des gens qui sont en quête d’une maison dans le Sud et plus particulièrement dans les alentours provençaux du Mont Ventoux, faites-moi signe. Deux amies vendent deux maisons contigües dans une petite copropriété à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Avignon.

J’ai commencé cette chronique en écoutant François Sarano et son exploration fascinante du monde des cachalots. Plongez-y, la mer veille.

Les jours rallongent. La nuit s’amenuise.

Elle était temps.

do 9421

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #57

10 mars 2021 § 0 commentaire § permalink

Désir.

Il y a un an, j’annonçais dans cette chronique ma participation au Printemps des Poètes dont le thème était le Courage. L’expo à la Galerie du Génie de la Bastille fut annulée pour cause de vous savez quoi. Cette année, le thème est le Désir et même si ses horaires sont réduits, j’espère bien cette expo va pouvoir se tenir. C’est du 17 au 21mars de 11h à 17h au 126 rue de Charonne Paris 11ème. Je serai heureux de vous y voir. Prévenez moi de votre venue si vous le souhaitez, je n’y serai pas en permanence. Toutes les infos sur http://www.legeniedelabastille.com/evenement/printemps-poetes-2021-desir/

Vous êtes-vous autorisé.e.s à utiliser l’écriture que l’on dit inclusive ? Personnellement je trouve assez moche visuellement, voire carrément r.i.d.i.c.u.l.e cet amas de petits points censées « dégenrer » la langue et l’écriture. La Radio Suisse Romande ne dit plus au journal de 20 heures « Bonsoir à tous » mais seulement « Bonsoir » car les « toutes » pourraient être vexées. Vexé.e.s? Et pourquoi pas « Bonsoir à toutes et à tous » ? Je propose le boycott de l’accord systématique au masculin du participe passé et la liberté de l’accorder comme bon vous semble ! Ce sont les hommes qui ont fxé ces normes grammaticales mais n’oublions pas en ce lendemain de 8 mars que ce sont les femmes qui ont … les règles. Qui pourrait me dire pourquoi on les a ainsi nommées ?

Quel est l’être le plus fort du monde ? « C’est le Soleil » dit la devinette
Qui est plus fort que le Soleil ? C’est le Nuage, qui peut cacher le Soleil.
Qui est plus fort que le Nuage ? C’est le Vent, qui peut chasser le Nuage.
Qui est plus fort que le Vent ? C’est la Montagne, qui seule, peut arrêter le Vent.
Qui est plus fort que la Montagne ? C’est l’Homme qui seul peut déplacer des Montagnes.
Qui est plus fort que l’Homme ? La Femme mais la devinette ne dit pas pourquoi…

Entendu cette charmante devinette dans la bouche de Bernadette Bricout, lors de l’émission Les P’tits Bateaux le dimanche à 19H30 sur Inter, qui rappelait, contre une idée reçue, que bien souvent dans les contes ce sont les femmes qui ont le dernier mot…

Entendu à la radio une passionnante émission de témoignages de jeunes ados sur le gavage des écrans et sur l’irrépressible besoin de retrouver de « vrais » contacts humains qui réduiraient le nombre d’heures passées sur smartphone. On pourrait en dire autant pour les adultes avec l’envahissement des séries et leur impérialisme chronophage et envahissant. N’est-ce point là une forme de colonialisme des imaginaires en ces temps de pandémie où la culture est mise sous le boisseau ? J’espère, j’escompte quand le temps sera venu, un réactif et salutaire retour de balancier… et un véritable rebond d’appétits culturels… Des trucs en vrai, quoi !!!

Il y a bien longtemps que je n’avais pas plongé dans un gros bouquin de plus de mille pages en poche mais ce fut le cas pendant ces quatre dernières semaines avec Le Chardonneret de Donna Tartt, belle et dense histoire autour d’un tableau volé dans un musée lors d’une explosion où le héros de 11 ans perd sa mère…

Par contre je n’ai mis qu’une journée à lire le vertigineux livre de Camille Kouchner La Familia Grande sur l’inceste subi par son frère jumeau par son beau père… Un livre bien écrit, abrasif, à l’os, qui dit en filigrane combien les révélations incestueuses et toutes celles qui ont trait aux violences sexuelles qui se font jour à notre époque la ramonent en profondeur…

Ces Nouv’ailes manquent un peu d’entrain et de légèreté joyeuse… Preuve que tout isolé que je sois dans mon atelier serein et travailleur au retour de quelques vadrouilles dans le Sud, l’emprise et l’empreinte de l’époque pèsent sur la vivacité des neurones et imposent la conscience de la durée que n’édulcorera pas la frénésie vaccinale…

« Dis m’sieur, dessine moi un cinéma après dix huit heures… »

Et allons cueillir quelques jonquilles, il nous faut un équinoxe en inox.

do 9321

Au 9 RUE DES NOUV’AILES #56

10 février 2021 § 0 commentaire § permalink

Quand ton masque craqueront, je serons des millions derrière
Quand les masques craquera, tu serons solitaires…


Vous en avez marre de voir le verre du monde à moitié Covid ? Essayez la langue des oiseaux et le voyage alchimique avec Patrick Burensteinas en suivant ce lien que m’a envoyé une amie artiste. Prenez en le temps. L’interviewer est un peu pénible par moment mais l’interviewé est assez passionnant. https://youtu.be/nFZbR-4oXTw

Quand tous les serpents naufragés se seront battus pour des pommes
Nous deviendrons des insurgés
Au hasard des parties de scrabble, il appert que le mot Qi est désormais accepté. Le Qi, c’est comme cela que les chinois appellent l’énergie vitale, le souffle qui anime tout vivant. Le travail avec cette énergie se nomme Qi Gong et pénètre de plus en plus nos esprit occidentaux pour qui le Qi … n’est que le quotient intellectuel !

Vous savez, les palmiers chez moi c’était d’abord de la musique !

Savez vous ce qu’est l’adelphité ? C’est la sororité et la fraternité réunies dans un même mot pour désigner des relations harmonieuses ente femmes et hommes.

Un tableau enfoui dans les coursives du bateau-atelier vient de refaire surface au gré des marées intérieures des cimaises. C’est l’Or de l’Autre.

Cette petite fille qui te demandera
Est ce que tu as toujours des étoiles sur toi
Est ce que les pierres crient quand la source les noient
Est ce que les fourmis ont des sacs de rêves
À cheval sur leur dos qu’elles portent à leur tanière…


La neige attendue ce soir n’est pas encore apparue au pied de la verrière de l’atelier confortablement chauffé. La rénovation énergétique qui a été faite il y a quelques années porte ses fruits et m’a valu une bienvenue révision à la baisse des charges de chauffage. Comme c’est désormais un rituel, ces mois d’hiver sont le temps d’élaboration des projets et autres projections créatives in situ. Et c’est un vrai bonheur que de gamberger sur « L’Eau du Temps », « Le Piolet, le Pinceau et le Papillon » ou sur « Patellarum Vibris » même si ces projets n’ont pas été sélectionnés pour la ville de Guingamp, les Côtes de Légendes bretonnes ou le Parcours des Fées en Hautes Alpes… La créativité est une spirale et mon crayon en épouse la respiration… Inspirer, Expirer… La spirale est le seul signe humain qui d’un seul geste dessine la dualité : le trait de la spire et le vide qu’elle enserre. Demander aux galaxies, elles vous confirmeront cette loi universelle. Univers’ailes…

Elle a des barrières infranchies qu’elle n ‘ose pas escalader

Quand elle parle elle rit et se penche pour vous regarder

Elle a bien un nom, une vie mais je ne m’en rappelle plus

Elle s’est éclose dans ma vie au jardin des sentiers battus

L’églantine de mon jardin…

Je n’ai pas tout compris des nouvelles conditions d’utilisation de l’application Whatsapp, illisibles, forcément illisibles, mais j’ai migré vers Signal, qui a au moins le mérite d’être adossée à une fondation à but non lucratif. Personnellement je n’en peux plus de l’avalanche de mots de passe qu’il faut escalader pour se connecter… Il me faudrait un mot de passe pour ouvrir le dossier qui contient tous mes mots de passe…

Curieusement, ce mois de janvier qui a quand même eu des allures de semi-confné sous le couvercle du couvre-feu m’a davantage emporté vers le silence et une diminution, momentanée, j’espère, des envies de lecture. Tout au plus Mon oncle Oswald de Ronald Dahl et la découverte par une amie hispanophile d’un chantre du réalisme magique en la personne du mexicain Juan Rulfo dont je viens de lire les nouvelles Le Llano en flammes. Il faut dire aussi que je prends le temps quotidien de remettre à niveau mes modestes rudiments d’anglais et que je m’attaque à la lecture et à la compréhension du logiciel de dessin Illustrator… Les soirées sont bien occupées !

« Commence par toi -même, mais ne te prends pas pour but », entendu dans la bouche d’Abdebour Bidar citant le conteur et philosophe Martin Buber dans son essai Le Chemin d’homme.

Vous vous demandez peut-être ce que sont ces phrases écrites en ocre dans les interstices de ces Nouv’ailes ? Ce sont quelques unes des paroles des chansons de Môrice Bénin, formidable et radical chanteur qui a œuvré dans les marges des chemins de la chanson française. Poète sensible au verbe haut, je l’avais découvert et aimé lors d’un rassemblement antinucléaire contre la centrale de Braud Saint-Louis à l’été 75… Au fl du temps, je m’en étais quelque peu éloigné mais les échos de ses mots sont restés encrés et ancrés dans ma mémoire d’amoureux de la chanson. Il s’en est allé le 19 janvier dernier, là où les refrains fredonnent l’éternité d’un souffe. Peut-être y croisera-t-il l’immense et délicieux Jean Claude Carrière qui est parti hier rejoindre le charme discret des fantômes de la liberté…

Je vis….
Je vis une enfance larguée sous le projecteur tendre d’un soleil inventé qui brûle au dedans… Je vis….

On ne sait si cela est le présent du verbe vivre ou le passé simple du verbe voir. Qu’importe !

On a tout le temps pour se rendre compte qu’on a pas le temps.

do 9221

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #55

12 janvier 2021 § 0 commentaire § permalink

Posée.
La roue a tourné, LA ROUE DU TEMPS s’est posée.
Dans un bel écrin de nature, à Bioul, au sud de Namur. Grâce à la générosité d’une vénérable dame de nonante-six ans qui a offert pour les soixante ans de son plus jeune fls les joies d’une installation pérenne à cette sculpture monumentale. Deux ans après son exposition sur le giratoire de Cologny, près de Genève, ce fut cette fois en terre belge et de nouveau, un grand moment de jubilation. L’artisan qui avait coulé la dalle de béton de 3m3 qui fait offce de socle avait eu la bonne idée de laisser son bull sur place. Il fut bien utile pour achever le transport, car le bras de grue du camion livreur, qui fort de ses 25 tonnes ne pouvait pas s’approcher au plus près du site, était trop court pour transporter la tonne et demi d’acier. La ruelle d’accès au site était trop étroite pour permettre au camion de faire demi tour : le chauffeur dut faire un bon kilomètre en marche arrière et je me pris pendant une heure pour ces hommes casqués qui guident à grand renfort de gestes de bras les avions sur les pistes d’aéroport ou autres porte-avions. Mais les dieux des roues étaient avec nous, même le ciel était au bleu et l’on pu visser et sceller pour une bonne petite éternité la désormais paisible ROUE DU TEMPS. !!!

Puis il y eut le partage des photos et des joyeuses exclamations partagées, le bonheur d’avoir mener ce projet à terme et la satisfaction de la belle ouvrage accomplie.

J’ai prolongé le voyage en bords de Meuse par quelques heures amicales à Bruxelles que je ne connaissais pas et par le plaisir d’y voir les Musées Royaux des Beaux Arts et le Musée Magritte ouverts et la merveilleuse surprise d’y découvrir Purifcation, sublime installation de deux écrans-vidéo de Bill Viola. À l’étage au dessus, le diptyque Adam et Ève de Cranach l’Ancien lui faisait un bel écho intemporel.

Après les pérégrinations distancielles mais néanmoins festives du passage au Neuf de l’An, quelques bulles joyeusement partagées pour arroser LA ROUE et les multiples parties de Scrabble, Triomino, Dixit et autres Code Name qui les accompagnaient, tout cela en écoutant Sunset in the blue, récent CD de Melody Gardot, me revoilà semi-confné dans le chaud nid de l’atelier. À part les amis vus en journée et les rendez-vous pour la pose d’un implant, Paris frisquet sans bistrot ni ciné ni musée a perdu quelques attraits.
Il me reste comme c’est désormais la tradition en saison hivernale, pas mal de temps pour continuer à répondre aux appels à projets et faire encore tourner la roue des sculptures à venir. Et aussi de ressortir quelques plaques à graver…
Je surfe sur le bel élan que LA ROUE DU TEMPS m’a donné, même si le temps n’est guère à apprécier la succession des vagues…

Remettre une double dose de volonté optimiste dans la seringue pessimiste de l’intelligence…

En tapant « trump » dans un traducteur électronique américain, j’ai trouvé comme défnition : atout, trompette, emporter sur.

Il manquait quelques oies en ce mercredi 6 janvier sur les marches du Capitole pour prévenir avec force trompette que celui qui se prenait pour le grand atout ne parviendrait pas à l’emporter. Puisse ce fou dingue disparaître dans les oubliettes de l’histoire. Je sais bien que ce vœu est pieu, mais si on pouvait en plus des oubliettes, l’y attacher et même plus…
On n’aurait pu se croire dans une émission de télé réalité mais ce n’était que la réalité de la Terre alitée qui a perdu son axe et cherche à retrouver l’essieu de ses cieux.


« Les larmes, c’est le seul stock qui ne s’épuise jamais. » (Robert Bober)


Entendu une passionnante interview de Francis Halle, biologiste, botaniste et dendrologue (c’est ainsi que l’on nomme celui qui étudie les arbres) qui a lancé un formidable projet au bel intitulé : « nous voulons faire renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest ». Allez vous balader sur https://www.foretprimaire-francishalle.org/ .
Dans les lectures qui m’ont fait passer du vin au vingt et un, quelques retours aux fondamentaux : Jean Echenoz, avec Les grandes blondes et Laurent Gaudé avec un très beau texte capital : Paris Mille Vies. Et un bon polar de Xavier-Marie Bonnot entre Marseille et La Papouasie Nouvelle-Guinée : Le Pays Oublié du Temps.

J’écris ces lignes en écoutant La Marelle, chanson (traditionnelle?) de Nazare Pereira remise au goût du jour par Rosemary Stanley et Dom la Nena dans un très bel objet CD.


Le jeu de la marelle va de la Terre jusqu’au Ciel
Entre la chance et le puits tu reviens et c’est fni
Petite, Petite Fille, tu es là pour t’amuser
Lance bien la pierre, prends garde où tu mets tes pieds…


Le mot désopilant – qui fait beaucoup rire – vient de « opiler » qui signife « boucher, bloquer ».
Je vous envoie quelques bulles d’ocre « Roue » pour désopiler la grande bouteille du Temps.
Avec un grand T comme dans Santé !!!

do 9121

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #54

9 décembre 2020 § 0 commentaire § permalink

Tourne, tourne la roue…

Ce n’est pas une des fabulettes d’Anne Sylvestre qui vient de nous quitter et dont une des chansons fut et reste un hymne de maintes randonnées…
« Mes amis d’autrefois, s’ils entendent çà,
mes amis du passé vont se rappeler,
nous n’étions, nous n’étions qu’à peine moins vieux,
nous avions envie d’être heureux…. »
Bon vent, belle dame, « fille folle, amante du vent … On dit que Lazarre et Cécile se sont aimés cette nuit, dans la lumière fragile des heures d’après minuit….»

Oui, LA ROUE DU TEMPS tourne et cette sculpture d’acier va partir mercredi prochain, comme je le suggérais dans les précédentes Nouv’ailes, en Belgique, dans le village de Bioul, à une vingtaine de kilomètres au sud de Namur. Ce sera après avoir été transportée depuis la Haute-Savoie où elle sommeillait chez son fabricant après avoir quitté le giratoire suisse de Cologny. C’était au printemps 2019. Je me réjouis déjà d’accompagner la semaine prochaine l’installation pérenne de cette œuvre.

Cette belle nouvelle est venue au tout début de mon confinement provençal et a ensoleillé ce lourd novembre qu’ont allégé la cueillette des olives, l’émerveillement renouvelé aux carrières d’ocre, les courses au marché de Saint-Didier, les parties de triomino ou de qwirkle, les feux de cheminée et l’élaboration de réponses aux appels à projets de sculptures ou de land art. Ou les dessins à la pierre noire et les croquis aquarellés des vieux troncs d’oliviers. Sans oublier les balades aux pins parasols, la cueillette des pieds de moutons et les rencontres amicales qui ont parfois outrepassé sans honte ni contrôle le kilomètre de distance et le minutage des attestations.

Comme tous les ans, je participe avec deux petites toiles à l’exposition LES MINIS DU GÉNIE dont j’ai fait hier avec l’amie Nadya l’accrochage à la Galerie du Génie qui réouvre dans des horaires réduits, du 8 au 27 décembre, du mardi au dimanche de 15 à 19h au 126 rue de Charonne. Si vous voulez y passer et m’y rencontrer, n’hésitez pas à me contacter.

Qui se souvient aujourd’hui d’Ivan Illitch (1926-2002) ? De ses livres parus dans les années 70 comme Libérer l’avenir, Une société sans école, Némésis Médicale ou La convivialité… qui ouvrirent grand les portes de l’écologie politique, la critique de la société industrielle, l’éducation libertaire… toutes ces idées qui ne furent pas assez entendues et que la pandémie actuelle va contraindre – « quoiqu’il en coûte » à remettre sur le métier à tisser le réel. Cela va bien sûr prendre du temps, celui nécessaire à l’infusion et à l’imprégnation… Y a t-il vraiment d’autres choix ?
En écho me revient l’antienne de L’AN 01, flm de Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch sorti en 1973 d’après des chroniques de Gébé dans Charlie Hebdo. Antienne qui était «on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ». Allez le visionner sur La Cinétek (www.lacinetek.com) belle plateforme de diffusion créée en 2013 par trois cinéastes français. Chacun des 89 réalisateurs associés, du monde entier, a composé sa cinémathèque idéale d’une cinquantaine de films du XXème siècle, ce qui donne un catalogue de plus de 1500 films. À louer ou à acheter.
Pas de cinéma ce mois-ci mais la revoyure via projecteur vidéo de quelques classiques avec Michel Simon ou Bourvil mais surtout une véritable pépite à voir ad libitum : « Le ciel peut attendre » dernier flm d’Ernst Lubitsch en 1943 avec la belle Gene Tierney et Don Ameche. Indispensable !

« Dé-battre, c’est échanger pour ne pas se battre ».

Belle phrase entendue dans la bouche d’Aurélien Barrau, astrophysicien et militant écologiste auteur du manifeste Le plus grand défi de l’humanité, mais aussi poète qui publie un recueil intitulé Météorites, mot à la fois masculin et féminin.

Comme dit Edgar Morin, « le langage est notre cosmos de poche ».

« Quand on cherche ce qu’on ne connaît pas, on va avoir à certains moments des illuminations, entrevoir des choses inattendues. » Serge Haroche dans La Lumière révélée, de la lunette de Galilée à l’étrangeté quantique (éd. Odile Jacob).

Est ce légende ou vérité ? L’histoire est belle : Avant de se lancer dans la bédé, Hergé courtisait une jeune femme qu’il avait surnommée Milou. Mais le père de la damoiselle s’y opposa et lui lança : « Tintin, Milou! »

Dans les lectures du mois, En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut pour le plaisir de la langue et celui de lire un best-seller quatre ans après sa parution.
Et L’intranquille, de Gérard Garouste (avec Judith Perrignon), autoportrait d’un fls, d’un peintre d’un fou. Un grand peintre que j’aime.

Dans le plaisir d’écrire depuis 18 ans ce NEUF mensuel, il y a celui du 10, ce lendemain du 9 qui recueille quelques échos de cette bouteille électronique jetée dans l’océan des liens. Dans le plaisir de décembre et de ses fêtes obligées, il y a celui d’attendre ses lendemains, ce janvier de Janus qui regarde l’année passée et celle à venir. Avec son cortège de vœux qui risque à l’an neuf, de ne pas être «les meilleurs ». Je vous souhaite de la patience, de la persévérance, de la résilience et plein de trucs en « ance » pas rances pour tenir le panier dans lequel il ne faut pas mettre tous ses vœux !

do 91220

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #53

10 novembre 2020 § 0 commentaire § permalink

Voyager.

Ce n’est pas du tout le mot d’ordre du jour du Neuf. C’est juste pour rappeler que les sondes Voyager 1 & 2 envoyées dans l’espace en septembre 1977 ont désormais quitté le système solaire. Voyager 1 rencontrera une autre étoile (dans la constellation de la Girafe, un sacré cou de chance!) dans 40000 ans et Voyager 2 frôlera Sirius dans 296000 ans. De quoi prendre un peu de recul sur l’actualité du moment. Pensez un instant à ces joujoux post modernes flant dans le vide silencieux de l’infni sidéral. Sidérant non, ? En établissant avec un code ultra secret la liaison avec ces condensés de technologie voguant dans l’espace intergalactique, j’ai appris que les dieux de la guerre, des enfers, du ciel et du temps (Mars, Pluton, Jupiter et Saturne) qui s’étaient donnés rendez-vous en Mars au bistrot du Capricorne se retrouvent à la mi- novembre pour décider si cette vague est deuxième ou seconde !

Les plus superstitieux d’entre vous seront contents puisque cette année 2020 contient deux vendredi 13, le premier en Mars, le second en …Novembre !

En vacances d’automne dans le Sud je n’ai pas eu le goût de remonter dans mon atelier dionysien à l’annonce de ce deuxième confinement. Après avoir vadrouillé à Montpellier, dans le Gers et en Cévennes, j’ai le bonheur de confiner chez une bonne amie de longue date, sous le soleil de Provence au milieu des oliviers, des pins parasols et des chênes verts. Au programme, dessins, écritures et balades dans les vignes et cerisaies avoisinantes, pas loin du Mont Ventoux, la montagne préférée des peintres les jours de vernissage !

L’autre nuit, je me suis réveillé à 3H21, rendormi, puis réveillé de nouveau à 4H44 ! Magie de la nuit des chiffres !!! 3,2,1, puis 444, cela sonnait comme un poème inconscient. Et m’a fait réaliser que désormais, le temps était chiffré, numérisé, et qu’un lien avec l’espace s’était perdu dans la digitalisation des montres. Avant, lorsque l’on tirait sur une cible ou que l’on pilotait un avion, on pouvait dire « la flèche est à deux heures » ou « la tour de contrôle est à huit heures » en la situant dans l’espace par rapport à un cadran circulaire dont on était le centre. Désormais, avec ce temps numérisé, l’espace n’est plus circulaire, on aborde une autre poésie, on peut appeler son amoureuse à 22(h)22, se souvenir de l’invasion des Huns à 11(h)11, se mettre au lit à 23(h)45 ou passer à table à 12(h)34.

En outre , deux bonnes nouvelles : Outre Atlantique, le dingo nommé Donald a été viré (« you are fired ») comme il se plaisait à éructer dans ses émissions de télé-réalité et c’est Pluto une bonne nouvelle qu’il n’ait pas gagné la queue du Mickey et un nouveau tour de Maison Blanche.
L’autre est plus personnelle mais ô combien réjouissante et vient d’outre Quiévrain : LA ROUE DU TEMPS est en passe de trouver son nid. Ce sera à Bioul en Belgique, à une vingtaine de kilomètres au sud de Namur. À suivre dans les prochaines Nouv’ailes.

L’actualité judiciaire et politique des semaines à venir va être chargée avec les procès de l’ancien président karchériseur de racailles et de celui de l’ancien premier ministre Edouard B. À cet égard, prenez le temps d’écouter l’émission Secret d’info sur Inter le samedi à 13H20. Vous y apprendrez comment le Conseil Constitutionnel, sous la houlette de Roland Dumas, a falsifié pour les valider les comptes de campagne de Chirac en 1995. Consternant !!! Avec une pensée émue pour les quatorze morts de l’attentat de Karachi de 2002. https://www.franceinter.fr/emissions/secrets-d-info/secrets-d-info-24-octobre-2020

J’ai terminé en m’y accrochant Gran Balan, le livre de Christiane Taubira, qui est davantage un documentaire sur la langue, l’univers et la culture de la Guyane qu’un pur roman. Lu dans Politis l’explication du titre par l’auteure : Quand tu es à Gran Balan, «c’est quand tu sais manœuvrer le ressort qui te permet de prendre ton essor pour contrôler ton propre sort ».

Lu au cours de mes pérégrinations « Confinée » petite et sympathique bédé de Morgane Malapert en forme de journal de premier confinement. Vous avez remarqué que l’on reçoit beaucoup moins de blagues pour la seconde période avec attestation de sortie obligatoire ?

Pour vraiment se plier de rire en ces temps de pandémie, plongez tout entier dans La Bible selon le Chat, de Philippe Geluck, véritable histoire de la création du Monde par Dieu et Pascal le Mouton.

C’est un classique de la littérature qui m’a été recommandé par mon ami Jean Yves S. Merci ! C’est Le livre d’un été de Tove Jansson, écrivaine finlandaise de langue suédoise qui a beaucoup œuvré pour la jeunesse avec notamment la série des Moumines. Le Livre d’un été est un dialogue plein de charmes, de poésies et de tendresses entre une grand mère et sa petite fille orpheline. Une beauté !

Quand les musées rouvriront leurs portes et les fenêtres de nos regards, courez voir l’exposition sur les Olmèques au Musée du Quai Branly et sur le site Tolbiac de Bibliothèque Nationale de France, les magistraux panoramiques noir & blanc de Joseph Koudelka qui arpente depuis plus de trente ans les rivages de la Méditerranée et nous en montre les ruines qui sont autant de pointillés sur la carte des traces du Temps.

Puisse ce temps suspendu aux bords de l’inédit inconnu vous peupler l’imaginaire de chemins de voyage qui n’appartiennent qu’à votre espace.

Et comme disent les marins en prenant leur quart :

« prends soin ».

do 91120

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #52

12 octobre 2020 § 0 commentaire § permalink

Mon automne est monotone.

Comment va le vôtre ? Écarlate ? Je ne sais pas encore si l’on peut parler de deuxième vague mais le ressac (sac, sac et ressac comme un sinistre am stram gram) tombe sur les épaules d’octobre aux sombres feuilles inondant d’un revers de climat, des Alpes qui n’ont hélas jamais aussi bien porté cette appellation de Maritimes. Manquerait plus que les fissures de la cuve d’acier de la quadragénaire centrale nucléaire du Tricastin pour laquelle EDF s’apprête à demander une rallonge de dix ans d’utilisation se mettent à irradier de quelques rayons gamma les marguerites de la vallée du Rhône pour que notre bonheur de catastrophes soit au top ! Pardonnez moi cet incipit en forme de fissure et de nécessité pour laisser s’écouler les miasmes de spleen que charrie cette saison où la jolie môme ne chantera plus qu’il n’y a plus d’après.

Les pubs pour les grosses berlines de Berlin ont elles aussi repris leurs insupportables et déferlantes inondations sur les ondes radiophoniques avec une variante désormais électrique sans nous dire que la fabrication d’icelles et de leurs batteries nécessitera plus de métaux qu’elle ne fera économiser de pétrole… Mais peut être qu’un ballon d’hydrogène… ?

« De manière que ». Amusez vous à relever combien de fois vous entendrez cette locution correcte à la place de « De manière à ce que ». Et ce pour dire merci à Monsieur Pihin, mon prof de français de seconde. C’est lui aussi qui m’avait fait découvrir Aube, le poème d’Arthur Rimbaud qui en disant « j’ai embrassé l’aube d’été » affirmait qu’ « au réveil, il était midi ».

Il a beaucoup plu sur le GÉNIE EN LIBERTÉ, parcours artistique dans le onzième arrondissement de Paris qui s’est déroulé le dernier week-end de septembre et sur la balançoire d’œufs et de plumes intitulée « Balance Ton Corps » que j’avais accrochée aux arbres du parvis de la Mairie. Comme si cette pluie ne suffisait pas à bénir cette manifestation, il y eut le vendredi l’attentat devant les anciens locaux de Charlie, le samedi une manif des gilets jaunes qui bloqua la place de la Nation tout près de l’atelier où j’exposais et le dimanche une journée sans voiture à Paris, bonne pour la planète mais pas très propice à la fluidité des circulations entre les gouttes ! Résultat, peu de monde à défiler sous les cimaises mais les robes du vin Fleurie mirent quelques baumes apaisés à la dégustation des regards.

En lisant et écoutant les reportages et témoignages qui défilent au procès de Charlie Hebdo et de l’HyperCacher sont revenues en mémoire les fugaces rencontres avec Tignous et plus lointaines celles avec Cabu quand j’écrivis mon premier article dans La Gueule Ouverte à la fin des années 70. Ce n’était qu’un bref papier sur l’enterrement du Pape Paul à Rome au retour d’un voyage aux volcans éoliens. Ma plume trempait déjà dans les œufs de l’écologie…

J’ai aimé ce bon mot de Laurent Mauvignier qui, en présentant son livre Histoire de la nuit parla de la modestie impérieuse de Pierre Bonnard et de sa tour d’ivoire …. plus loin.

Je n’ai pas encore lu Balzac et la petite tailleuse chinoise du chinois Dai Sijie paru en 200 qui fit grand succès et fut même adapté en film, mais je vais bientôt le faire tant je me suis régalé, empiffré, érotisé, amusé… à lire L’acrobatie aérienne de Confucius paru en 2009. Là, jouer, c’est jouir. Lire c’est délire .

Entamé hier Grand Balan, le premier roman de Christiane Taubira. Voyage au pays de la langue créole de Guyane, fenêtre ouverte sur la liberté des mots.

Comme j’ai toujours la chance de la télé ne point avoir (seulement parfois en replay sur l’écran de l’iMac) je chasse les actualités d’automne dans le noir des salles obscures. Ce mois-ci elles ont composé pour moi cet étrange poème d’images :

Police / L’Ordre Moral. Une femme qui s’est enfuie / D’un Jardin qu’on dirait éternel / Honeyland

Un soupçon d’amour. Ondine / Josep. Les Héros ne meurent jamais : Billie. Et Yalda !

Je me suis assis au bord de l’amer, guettant l’arc-en-ciel qui fait le pont entre l’horizon d’hier et celui de demain.

Au réveil, il était encore midi.

do 91020

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #51

9 septembre 2020 § 0 commentaire § permalink

Un été constellé d’arbres.

L’arbre des colères. Après les presque trois mois de strict confinement à l’atelier, j’avais des fourmis dans les roues de ma Twingo et ai beaucoup pérégriné depuis le mois de juin. Cévennes, Savoie, Lot, Tarn & Garonne, Gers, Ariège, Vaucluse… Quelques bises échangées, mélangées d’insouciance et de vigilance, de questions et de doutes, de masques et de sourires libérés. J’ai rencontré beaucoup d’amis et une large palette d’émotions allant de « tout cela c’est de l’enfumage » à « j’ai eu la Covid et j’en suis encore bien fatiguée ». Qu’en reste-t-il ? La certitude qu’il n’y en a plus. Et la prise de conscience que la seule chose que l’on sait des conséquences de cette pandémie est qu’on n’en sait rien. Puisse la mise à jour de cette vulnérabilité et la conscience nouvelle qui en découle infuser toutes les longueurs d’onde de notre réel ! Dans les effets collatéraux de cet événement mondial totalement inédit, la forte abstention électorale – ce qui est certes dommageable et signe le mal être de notre démocratie – a propulsé bon nombre de maires écologistes à la tête de grandes villes. Salve d’applaudissements encouragés !!!

Tout-à-l’égout. Ce terme, appelé aussi assainissement collectif, fut inventé au XIXème siècle. À la veille d’un désastre écologique annoncé, cette appellation a un parfum de sinistre ironie. On aurait peut-être du le nommer Terre-à-l’égout !

L’arbre de la Table de la Lune. Ce fut du pin Douglas avec lequel j’ai fait pour le sentier artistique Léz’Arts en Adret une table de pique nique en forme de croissant de lune. J’ai encore dans les mains le goût et l’odeur de ce bois orangé si beau à travailler.

Savez vous ce qu’est la paréidolie ? C’est l’art de lire les nuages. Pourra-t-on encore le faire quand Elon Musk aura peuplé l’azur atmosphérique de ses fantasmes satellitaires ?

L’arbre des réseaux. Je me questionne sur la création d’un compte Instagram. Followers ou Faux Lovers ? Entre désir d’artiste d’étendre mon réseau au-delà des quelques 1500 abonnés de ces Nouv’ailes, voire de trouver acquéreur pour La Roue du Temps toujours confnée chez son fabricant, et pas très envie d’être encore davantage sur l’écran de mon smartphone, j’hésite. Et suis preneur de vos retours d’expérience si vous en avez.

Ce matin je me suis réveillé de bonne rumeur. Une rumeur de rien. C’était bien.

L’arbre des livres. Dans la forêt des belles feuilles de l’été, Bouches de Cendres d’Alvaro Escobar Molina aux Éditions de la Librairie du Labyrinthe. Deux enfants colombiens pris dans la tourmente d’une guerre civile sont repris par leur mère qui les emporte dans une odyssée d’épreuves et d’espérances au souffe andin puissant et poétique. Une cordillère de plaisir à gravir.

Après Au revoir là-haut et Couleurs d’incendies du puissant Pierre Lemaître, j’ai lu avec délectation Miroir de nos peines, troisième volet de cette trilogie. Cerise sur ce gâteau de lecture, j’ai dévoré cet ouvrage qui se déroule au mois de juin 1940, juste au moment où l’on commémorait l’appel du 18 juin. La débâcle de ce printemps de guerre venait en écho synchrone à cette étrange période d’après confnement, autre genre de débâcle de ce monde d’avant encore si présent.

Lu aussi Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam, prix du Livre Inter 2019. Les utopies communautaires des seventies revues à la sauce contemporaine où s’invitent genre et migrants. La joie d’une belle écriture vive, légère et profonde.

Et puis aussi Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu, stimulant Goncourt 2018.

Pour changer des romans, je me suis replongé dans l’univers de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier dans la réédition de ces carnets du Japon où il vécut dans les années soixante, intitulée Le Vide et le Plein. Toujours le même plaisir à lire cet auteur. J’avais entendu à la radio grand bien d’un essai de Clément Rosset -Le Réel et son Double, essai sur l’illusion-. Qui m’est tombé des mains tant ses lignes se mirent le nombril occidentalo-centré dans sa propre interrogation philosophique.

La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste (Victor Hugo)

Pensez à noter vos rêves sur le petit carnet de votre chevet. Il est dit que ceux qui écrivent leurs rêves en font plus. Comme ceux qui regardent les étoiles ont davantage conscience qu’elles sont toujours là et que le jour, c’est juste la lumière du Soleil, notre étoile qui nous empêchent de les percevoir.

Quelques flms vus cet été. L’ombre de Staline, d’Agnieszka Holland sur la famine ukrainienne organisée par Staline en 1932. Madre de Rodrigo Sorogoyen. Les Parfums de Gregory Magne avec la toujours impeccable Emmanuelle Devos. Et pour me reconnecter avec la vie en capitale masquée, rien de tel au retour de l’été, que les plans mongols de La femme des steppes, le fic et l’œuf du chinois Wang Quan An. Un régal !

Les enfants jouent à la console… Mais qui consolent les enfants ?

L’Arbre des amis. Ce fut assurément le plus généreux des arbres de l’été. Celui qui ft se rencontrer des amis nantais chez une amie gersoise sous une pluie d’étoiles flantes, des toulousains autour d’un abreuvoir et d’une bergerie en Ariège, une voisine de banlieue chez des amis des bords de la Garonne… L’arbre des chants des cinq femmes du groupe La Mossa, tellement ravies de pousser leurs chansons napolitaines, argentines ou gaéliques qu’elles n’avaient pas jouées depuis près de six mois… Et aussi une séance de cinéma cubain (Epicentro, documentaire d’Hubert Sauper, auteur du fameux Cauchemar de Darwin) à la Ciotat, ville du plus vieux cinéma du monde, les descentes en canoë de l’Allier de la Vézère, où repose désormais le jonc d’or de ma maman que le courant a fait glissé de mon auriculaire droit, la balade aux jardins topiaires d’Eyrignac, les joyeuses et somptueuses randonnées en Ariège près d’Aulus les Bains où les genoux ont encore conjugué le « je-nous » de la marche en altitude. La revoyure sous une belle lumière des vitraux de Pierre Soulages dans l’abbaye de Conques qui ne m’avait pas séduit il y a plus de vingt ans mais qui là ont enchanté cette visite en compagnie de mon ex- médecin dionysien et de sa femme. Il œuvre désormais dans une maison médicale du Grand Figeac. Je fus son patient et ces nouv’ailes dont il est lecteur fidèle ont permis de transformer cette « patience » en amitié. Merci pour l’accueil dans la si belle maison lotoise au toit à double pente !

L’automne s’en vient doucement. Faites qu’il pleuve 30 tonnes d’eau par hectares et par jour (soit une lame d’eau de 3mm d’épaisseur sur les 10000m2 de cet hectare) pour que cessent ces arbres aux feuilles déjà calcinées croisés sur la route du retour. Retour magnifé par les quatre jours de fêtes, de rires et de musiques à célébrer le mariage des amis nantais Bertrand et Doumé, leurs trente années de vie commune, leurs enfants et la ribambelle d’amis qui donnent tant de baume aux cœurs des pommes d’amour de l’automne.

J’écris cette chronique en écoutant Les Failles de la délicieuse chanteuse Pomme.
Avançons avec précaution vers le devenir qui s’en vient. Et faites que votre voyage en soi soit aussi un voyage en soie.

do 9920

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #50

1 juillet 2020 § 0 commentaire § permalink

L'alarme à l'œil.

C'est désormais le masque aride après la mascarade des masques en rade. À moins qu'il ne faille dire le masque à rides. Dans la rue des espaces publics, tous les visages ne cachent pas les lèvres de leurs sourires. Mais dans les transports en commun, l'obligation sanitaire, sans doute nécessaire (mais qui le sait vraiment et dans quelle mesure remplit-elle la case hypocrite d'un formulaire ? Essayez la distance sociale, pardon la distanciation physique dans une rame de métro à l'heure de pointe !), cette obligation prend des allures orwelliennes de bâillonnement. L'image qui s'inscrit sur la rétine – tous ces visages sans commissures, tous ces bandeaux sans souffle, tous ces yeux qui n'osent plus se croiser – est celle d'un monde sans voix, un silence contraint, une invitation au cri d'indignation. Un monde à pleurer. Qui vient résonner dans le fil d'actualité de ce printemps avec le « I can't breathe » de George Floyd assassiné sous le genou du policier Derek Chauvin tandis que l'on découvre en France, sur les réseaux sociaux, des groupes privés de gendarmes et policiers où l'insulte raciste est monnaie courante. À quand la chasse à la brebis galeuse, promise par le sinistre de l'Intérieur? Le monde à bout de souffle aurait besoin d'une nouvelle respiration où masque ne rimerait plus avec matraque...

Lu sur une vitrine : « on ne peut plus se serrer les mains, ça n'empêche pas de se serrer les coudes »

Alors, après ces quatre-vingts jours de confinement à faire le tour de mon atelier et le voir en peinture et de toutes les couleurs, l'envie est venue de faire un tour de pays de plus de 100km et de transformer le volant de ma Twingo en tapis de visite des amis. Je vous écris des bords du Bassin d'Arcachon. Dans les lectures de ce mai à moitié confiné, l'excellent roman de Jean Michel Guenassia La valse des arbres et du ciel autour de la vie (et la mort) de Van Gogh à Auvers sur Oise. Et si le bon docteur Gachet n'avait pas été ce philanthrope ami des artistes... Et si sa fille avait été l'amoureuse de Vincent qui ne se serait pas suicidé...

Lu aussi la trilogie de la norvégienne Anne Ragde (La terre des mensonges, La ferme des Neshov et L’héritage impossible). Une étrange saga familiale et porcine… Et pour clore cette incursion dans la littérature nordique Le Hibou de Samuel Bjørk. Un chouette polar…

« La vie est un roman mais la vérité de la vie est le conte » a dit la conteuse Bernadette Bricout citant le médiéviste Michel Zink.

Comment écrivez-vous le pluriel de chef-d'œuvre ? Où mettez-vous le s ? Entendu dans la voix de la linguiste Aurore Vincenti qu'il se mit au cours des siècles parfois à « chef », parfois à « œuvre », parfois au deux. Aujourd'hui mon correcteur orthographique me suggère « des chefs-d'œuvre ». Conclusion de ces variations langagières et temporelles: sous votre masque, sentez vous libre de jouer joyeusement avec la langue !

« Les cours de théâtre c'est la traite des planches » (Guitry cité par Luchini).

L'alignement des planètes. C'est devenue une formule journalistique, presque un tic de commentateur sportif avide d'exploits, qui signale une conjoncture exceptionnelle. Mais nulle part ai-je entendu sur les ondes allusion à cette conjonction des quatre planètes Pluton, Saturne, Jupiter et Mars qui signaient leur voisinages astronomiques de ce printemps de chants d'oiseaux. Pourtant elle serait bien opportune cette formule en cette année 2020 qui fait bien l'addition des quarantaines. Vu de notre Terre, le mouvement relatif des autres planètes de notre système solaire semble s'inverser pendant un certain temps puis repartir dans le sens initial. Cette conjonction de fin d'hiver connaît aujourd'hui une phase de ralentissement printanier avant de boucler sa boucle à l'automne prochain. Alors deuxième vague ou second souffle ? Mais je me souviens avoir écrit dans les nouv'ailes d'avril que l'envol de l'horizon, suivant les dires d'André Barbault dans ses prévisions astrologiques pour le XXIème siècle était annoncé pour 2026... Alors gardez votre souffle et nourrissez votre patience...

Comme chaque année, les Nouv'ailes vont faire un break estival pour se retrouver au neuvième jour du neuvième mois, autrement dit le 9 septembre ! Après le printemps confiné, souhaitons nous un été raffiné !

Respirez, vous serez démasqués !

do 9620