AU 9 RUE DES NOUV’AILES #55

12 janvier 2021 § 0 commentaire § permalink

Posée.
La roue a tourné, LA ROUE DU TEMPS s’est posée.
Dans un bel écrin de nature, à Bioul, au sud de Namur. Grâce à la générosité d’une vénérable dame de nonante-six ans qui a offert pour les soixante ans de son plus jeune fls les joies d’une installation pérenne à cette sculpture monumentale. Deux ans après son exposition sur le giratoire de Cologny, près de Genève, ce fut cette fois en terre belge et de nouveau, un grand moment de jubilation. L’artisan qui avait coulé la dalle de béton de 3m3 qui fait offce de socle avait eu la bonne idée de laisser son bull sur place. Il fut bien utile pour achever le transport, car le bras de grue du camion livreur, qui fort de ses 25 tonnes ne pouvait pas s’approcher au plus près du site, était trop court pour transporter la tonne et demi d’acier. La ruelle d’accès au site était trop étroite pour permettre au camion de faire demi tour : le chauffeur dut faire un bon kilomètre en marche arrière et je me pris pendant une heure pour ces hommes casqués qui guident à grand renfort de gestes de bras les avions sur les pistes d’aéroport ou autres porte-avions. Mais les dieux des roues étaient avec nous, même le ciel était au bleu et l’on pu visser et sceller pour une bonne petite éternité la désormais paisible ROUE DU TEMPS. !!!

Puis il y eut le partage des photos et des joyeuses exclamations partagées, le bonheur d’avoir mener ce projet à terme et la satisfaction de la belle ouvrage accomplie.

J’ai prolongé le voyage en bords de Meuse par quelques heures amicales à Bruxelles que je ne connaissais pas et par le plaisir d’y voir les Musées Royaux des Beaux Arts et le Musée Magritte ouverts et la merveilleuse surprise d’y découvrir Purifcation, sublime installation de deux écrans-vidéo de Bill Viola. À l’étage au dessus, le diptyque Adam et Ève de Cranach l’Ancien lui faisait un bel écho intemporel.

Après les pérégrinations distancielles mais néanmoins festives du passage au Neuf de l’An, quelques bulles joyeusement partagées pour arroser LA ROUE et les multiples parties de Scrabble, Triomino, Dixit et autres Code Name qui les accompagnaient, tout cela en écoutant Sunset in the blue, récent CD de Melody Gardot, me revoilà semi-confné dans le chaud nid de l’atelier. À part les amis vus en journée et les rendez-vous pour la pose d’un implant, Paris frisquet sans bistrot ni ciné ni musée a perdu quelques attraits.
Il me reste comme c’est désormais la tradition en saison hivernale, pas mal de temps pour continuer à répondre aux appels à projets et faire encore tourner la roue des sculptures à venir. Et aussi de ressortir quelques plaques à graver…
Je surfe sur le bel élan que LA ROUE DU TEMPS m’a donné, même si le temps n’est guère à apprécier la succession des vagues…

Remettre une double dose de volonté optimiste dans la seringue pessimiste de l’intelligence…

En tapant « trump » dans un traducteur électronique américain, j’ai trouvé comme défnition : atout, trompette, emporter sur.

Il manquait quelques oies en ce mercredi 6 janvier sur les marches du Capitole pour prévenir avec force trompette que celui qui se prenait pour le grand atout ne parviendrait pas à l’emporter. Puisse ce fou dingue disparaître dans les oubliettes de l’histoire. Je sais bien que ce vœu est pieu, mais si on pouvait en plus des oubliettes, l’y attacher et même plus…
On n’aurait pu se croire dans une émission de télé réalité mais ce n’était que la réalité de la Terre alitée qui a perdu son axe et cherche à retrouver l’essieu de ses cieux.


« Les larmes, c’est le seul stock qui ne s’épuise jamais. » (Robert Bober)


Entendu une passionnante interview de Francis Halle, biologiste, botaniste et dendrologue (c’est ainsi que l’on nomme celui qui étudie les arbres) qui a lancé un formidable projet au bel intitulé : « nous voulons faire renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest ». Allez vous balader sur https://www.foretprimaire-francishalle.org/ .
Dans les lectures qui m’ont fait passer du vin au vingt et un, quelques retours aux fondamentaux : Jean Echenoz, avec Les grandes blondes et Laurent Gaudé avec un très beau texte capital : Paris Mille Vies. Et un bon polar de Xavier-Marie Bonnot entre Marseille et La Papouasie Nouvelle-Guinée : Le Pays Oublié du Temps.

J’écris ces lignes en écoutant La Marelle, chanson (traditionnelle?) de Nazare Pereira remise au goût du jour par Rosemary Stanley et Dom la Nena dans un très bel objet CD.


Le jeu de la marelle va de la Terre jusqu’au Ciel
Entre la chance et le puits tu reviens et c’est fni
Petite, Petite Fille, tu es là pour t’amuser
Lance bien la pierre, prends garde où tu mets tes pieds…


Le mot désopilant – qui fait beaucoup rire – vient de « opiler » qui signife « boucher, bloquer ».
Je vous envoie quelques bulles d’ocre « Roue » pour désopiler la grande bouteille du Temps.
Avec un grand T comme dans Santé !!!

do 9121

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #54

9 décembre 2020 § 0 commentaire § permalink

Tourne, tourne la roue…

Ce n’est pas une des fabulettes d’Anne Sylvestre qui vient de nous quitter et dont une des chansons fut et reste un hymne de maintes randonnées…
« Mes amis d’autrefois, s’ils entendent çà,
mes amis du passé vont se rappeler,
nous n’étions, nous n’étions qu’à peine moins vieux,
nous avions envie d’être heureux…. »
Bon vent, belle dame, « fille folle, amante du vent … On dit que Lazarre et Cécile se sont aimés cette nuit, dans la lumière fragile des heures d’après minuit….»

Oui, LA ROUE DU TEMPS tourne et cette sculpture d’acier va partir mercredi prochain, comme je le suggérais dans les précédentes Nouv’ailes, en Belgique, dans le village de Bioul, à une vingtaine de kilomètres au sud de Namur. Ce sera après avoir été transportée depuis la Haute-Savoie où elle sommeillait chez son fabricant après avoir quitté le giratoire suisse de Cologny. C’était au printemps 2019. Je me réjouis déjà d’accompagner la semaine prochaine l’installation pérenne de cette œuvre.

Cette belle nouvelle est venue au tout début de mon confinement provençal et a ensoleillé ce lourd novembre qu’ont allégé la cueillette des olives, l’émerveillement renouvelé aux carrières d’ocre, les courses au marché de Saint-Didier, les parties de triomino ou de qwirkle, les feux de cheminée et l’élaboration de réponses aux appels à projets de sculptures ou de land art. Ou les dessins à la pierre noire et les croquis aquarellés des vieux troncs d’oliviers. Sans oublier les balades aux pins parasols, la cueillette des pieds de moutons et les rencontres amicales qui ont parfois outrepassé sans honte ni contrôle le kilomètre de distance et le minutage des attestations.

Comme tous les ans, je participe avec deux petites toiles à l’exposition LES MINIS DU GÉNIE dont j’ai fait hier avec l’amie Nadya l’accrochage à la Galerie du Génie qui réouvre dans des horaires réduits, du 8 au 27 décembre, du mardi au dimanche de 15 à 19h au 126 rue de Charonne. Si vous voulez y passer et m’y rencontrer, n’hésitez pas à me contacter.

Qui se souvient aujourd’hui d’Ivan Illitch (1926-2002) ? De ses livres parus dans les années 70 comme Libérer l’avenir, Une société sans école, Némésis Médicale ou La convivialité… qui ouvrirent grand les portes de l’écologie politique, la critique de la société industrielle, l’éducation libertaire… toutes ces idées qui ne furent pas assez entendues et que la pandémie actuelle va contraindre – « quoiqu’il en coûte » à remettre sur le métier à tisser le réel. Cela va bien sûr prendre du temps, celui nécessaire à l’infusion et à l’imprégnation… Y a t-il vraiment d’autres choix ?
En écho me revient l’antienne de L’AN 01, flm de Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch sorti en 1973 d’après des chroniques de Gébé dans Charlie Hebdo. Antienne qui était «on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ». Allez le visionner sur La Cinétek (www.lacinetek.com) belle plateforme de diffusion créée en 2013 par trois cinéastes français. Chacun des 89 réalisateurs associés, du monde entier, a composé sa cinémathèque idéale d’une cinquantaine de films du XXème siècle, ce qui donne un catalogue de plus de 1500 films. À louer ou à acheter.
Pas de cinéma ce mois-ci mais la revoyure via projecteur vidéo de quelques classiques avec Michel Simon ou Bourvil mais surtout une véritable pépite à voir ad libitum : « Le ciel peut attendre » dernier flm d’Ernst Lubitsch en 1943 avec la belle Gene Tierney et Don Ameche. Indispensable !

« Dé-battre, c’est échanger pour ne pas se battre ».

Belle phrase entendue dans la bouche d’Aurélien Barrau, astrophysicien et militant écologiste auteur du manifeste Le plus grand défi de l’humanité, mais aussi poète qui publie un recueil intitulé Météorites, mot à la fois masculin et féminin.

Comme dit Edgar Morin, « le langage est notre cosmos de poche ».

« Quand on cherche ce qu’on ne connaît pas, on va avoir à certains moments des illuminations, entrevoir des choses inattendues. » Serge Haroche dans La Lumière révélée, de la lunette de Galilée à l’étrangeté quantique (éd. Odile Jacob).

Est ce légende ou vérité ? L’histoire est belle : Avant de se lancer dans la bédé, Hergé courtisait une jeune femme qu’il avait surnommée Milou. Mais le père de la damoiselle s’y opposa et lui lança : « Tintin, Milou! »

Dans les lectures du mois, En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut pour le plaisir de la langue et celui de lire un best-seller quatre ans après sa parution.
Et L’intranquille, de Gérard Garouste (avec Judith Perrignon), autoportrait d’un fls, d’un peintre d’un fou. Un grand peintre que j’aime.

Dans le plaisir d’écrire depuis 18 ans ce NEUF mensuel, il y a celui du 10, ce lendemain du 9 qui recueille quelques échos de cette bouteille électronique jetée dans l’océan des liens. Dans le plaisir de décembre et de ses fêtes obligées, il y a celui d’attendre ses lendemains, ce janvier de Janus qui regarde l’année passée et celle à venir. Avec son cortège de vœux qui risque à l’an neuf, de ne pas être «les meilleurs ». Je vous souhaite de la patience, de la persévérance, de la résilience et plein de trucs en « ance » pas rances pour tenir le panier dans lequel il ne faut pas mettre tous ses vœux !

do 91220

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #53

10 novembre 2020 § 0 commentaire § permalink

Voyager.

Ce n’est pas du tout le mot d’ordre du jour du Neuf. C’est juste pour rappeler que les sondes Voyager 1 & 2 envoyées dans l’espace en septembre 1977 ont désormais quitté le système solaire. Voyager 1 rencontrera une autre étoile (dans la constellation de la Girafe, un sacré cou de chance!) dans 40000 ans et Voyager 2 frôlera Sirius dans 296000 ans. De quoi prendre un peu de recul sur l’actualité du moment. Pensez un instant à ces joujoux post modernes flant dans le vide silencieux de l’infni sidéral. Sidérant non, ? En établissant avec un code ultra secret la liaison avec ces condensés de technologie voguant dans l’espace intergalactique, j’ai appris que les dieux de la guerre, des enfers, du ciel et du temps (Mars, Pluton, Jupiter et Saturne) qui s’étaient donnés rendez-vous en Mars au bistrot du Capricorne se retrouvent à la mi- novembre pour décider si cette vague est deuxième ou seconde !

Les plus superstitieux d’entre vous seront contents puisque cette année 2020 contient deux vendredi 13, le premier en Mars, le second en …Novembre !

En vacances d’automne dans le Sud je n’ai pas eu le goût de remonter dans mon atelier dionysien à l’annonce de ce deuxième confinement. Après avoir vadrouillé à Montpellier, dans le Gers et en Cévennes, j’ai le bonheur de confiner chez une bonne amie de longue date, sous le soleil de Provence au milieu des oliviers, des pins parasols et des chênes verts. Au programme, dessins, écritures et balades dans les vignes et cerisaies avoisinantes, pas loin du Mont Ventoux, la montagne préférée des peintres les jours de vernissage !

L’autre nuit, je me suis réveillé à 3H21, rendormi, puis réveillé de nouveau à 4H44 ! Magie de la nuit des chiffres !!! 3,2,1, puis 444, cela sonnait comme un poème inconscient. Et m’a fait réaliser que désormais, le temps était chiffré, numérisé, et qu’un lien avec l’espace s’était perdu dans la digitalisation des montres. Avant, lorsque l’on tirait sur une cible ou que l’on pilotait un avion, on pouvait dire « la flèche est à deux heures » ou « la tour de contrôle est à huit heures » en la situant dans l’espace par rapport à un cadran circulaire dont on était le centre. Désormais, avec ce temps numérisé, l’espace n’est plus circulaire, on aborde une autre poésie, on peut appeler son amoureuse à 22(h)22, se souvenir de l’invasion des Huns à 11(h)11, se mettre au lit à 23(h)45 ou passer à table à 12(h)34.

En outre , deux bonnes nouvelles : Outre Atlantique, le dingo nommé Donald a été viré (« you are fired ») comme il se plaisait à éructer dans ses émissions de télé-réalité et c’est Pluto une bonne nouvelle qu’il n’ait pas gagné la queue du Mickey et un nouveau tour de Maison Blanche.
L’autre est plus personnelle mais ô combien réjouissante et vient d’outre Quiévrain : LA ROUE DU TEMPS est en passe de trouver son nid. Ce sera à Bioul en Belgique, à une vingtaine de kilomètres au sud de Namur. À suivre dans les prochaines Nouv’ailes.

L’actualité judiciaire et politique des semaines à venir va être chargée avec les procès de l’ancien président karchériseur de racailles et de celui de l’ancien premier ministre Edouard B. À cet égard, prenez le temps d’écouter l’émission Secret d’info sur Inter le samedi à 13H20. Vous y apprendrez comment le Conseil Constitutionnel, sous la houlette de Roland Dumas, a falsifié pour les valider les comptes de campagne de Chirac en 1995. Consternant !!! Avec une pensée émue pour les quatorze morts de l’attentat de Karachi de 2002. https://www.franceinter.fr/emissions/secrets-d-info/secrets-d-info-24-octobre-2020

J’ai terminé en m’y accrochant Gran Balan, le livre de Christiane Taubira, qui est davantage un documentaire sur la langue, l’univers et la culture de la Guyane qu’un pur roman. Lu dans Politis l’explication du titre par l’auteure : Quand tu es à Gran Balan, «c’est quand tu sais manœuvrer le ressort qui te permet de prendre ton essor pour contrôler ton propre sort ».

Lu au cours de mes pérégrinations « Confinée » petite et sympathique bédé de Morgane Malapert en forme de journal de premier confinement. Vous avez remarqué que l’on reçoit beaucoup moins de blagues pour la seconde période avec attestation de sortie obligatoire ?

Pour vraiment se plier de rire en ces temps de pandémie, plongez tout entier dans La Bible selon le Chat, de Philippe Geluck, véritable histoire de la création du Monde par Dieu et Pascal le Mouton.

C’est un classique de la littérature qui m’a été recommandé par mon ami Jean Yves S. Merci ! C’est Le livre d’un été de Tove Jansson, écrivaine finlandaise de langue suédoise qui a beaucoup œuvré pour la jeunesse avec notamment la série des Moumines. Le Livre d’un été est un dialogue plein de charmes, de poésies et de tendresses entre une grand mère et sa petite fille orpheline. Une beauté !

Quand les musées rouvriront leurs portes et les fenêtres de nos regards, courez voir l’exposition sur les Olmèques au Musée du Quai Branly et sur le site Tolbiac de Bibliothèque Nationale de France, les magistraux panoramiques noir & blanc de Joseph Koudelka qui arpente depuis plus de trente ans les rivages de la Méditerranée et nous en montre les ruines qui sont autant de pointillés sur la carte des traces du Temps.

Puisse ce temps suspendu aux bords de l’inédit inconnu vous peupler l’imaginaire de chemins de voyage qui n’appartiennent qu’à votre espace.

Et comme disent les marins en prenant leur quart :

« prends soin ».

do 91120

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #52

12 octobre 2020 § 0 commentaire § permalink

Mon automne est monotone.

Comment va le vôtre ? Écarlate ? Je ne sais pas encore si l’on peut parler de deuxième vague mais le ressac (sac, sac et ressac comme un sinistre am stram gram) tombe sur les épaules d’octobre aux sombres feuilles inondant d’un revers de climat, des Alpes qui n’ont hélas jamais aussi bien porté cette appellation de Maritimes. Manquerait plus que les fissures de la cuve d’acier de la quadragénaire centrale nucléaire du Tricastin pour laquelle EDF s’apprête à demander une rallonge de dix ans d’utilisation se mettent à irradier de quelques rayons gamma les marguerites de la vallée du Rhône pour que notre bonheur de catastrophes soit au top ! Pardonnez moi cet incipit en forme de fissure et de nécessité pour laisser s’écouler les miasmes de spleen que charrie cette saison où la jolie môme ne chantera plus qu’il n’y a plus d’après.

Les pubs pour les grosses berlines de Berlin ont elles aussi repris leurs insupportables et déferlantes inondations sur les ondes radiophoniques avec une variante désormais électrique sans nous dire que la fabrication d’icelles et de leurs batteries nécessitera plus de métaux qu’elle ne fera économiser de pétrole… Mais peut être qu’un ballon d’hydrogène… ?

« De manière que ». Amusez vous à relever combien de fois vous entendrez cette locution correcte à la place de « De manière à ce que ». Et ce pour dire merci à Monsieur Pihin, mon prof de français de seconde. C’est lui aussi qui m’avait fait découvrir Aube, le poème d’Arthur Rimbaud qui en disant « j’ai embrassé l’aube d’été » affirmait qu’ « au réveil, il était midi ».

Il a beaucoup plu sur le GÉNIE EN LIBERTÉ, parcours artistique dans le onzième arrondissement de Paris qui s’est déroulé le dernier week-end de septembre et sur la balançoire d’œufs et de plumes intitulée « Balance Ton Corps » que j’avais accrochée aux arbres du parvis de la Mairie. Comme si cette pluie ne suffisait pas à bénir cette manifestation, il y eut le vendredi l’attentat devant les anciens locaux de Charlie, le samedi une manif des gilets jaunes qui bloqua la place de la Nation tout près de l’atelier où j’exposais et le dimanche une journée sans voiture à Paris, bonne pour la planète mais pas très propice à la fluidité des circulations entre les gouttes ! Résultat, peu de monde à défiler sous les cimaises mais les robes du vin Fleurie mirent quelques baumes apaisés à la dégustation des regards.

En lisant et écoutant les reportages et témoignages qui défilent au procès de Charlie Hebdo et de l’HyperCacher sont revenues en mémoire les fugaces rencontres avec Tignous et plus lointaines celles avec Cabu quand j’écrivis mon premier article dans La Gueule Ouverte à la fin des années 70. Ce n’était qu’un bref papier sur l’enterrement du Pape Paul à Rome au retour d’un voyage aux volcans éoliens. Ma plume trempait déjà dans les œufs de l’écologie…

J’ai aimé ce bon mot de Laurent Mauvignier qui, en présentant son livre Histoire de la nuit parla de la modestie impérieuse de Pierre Bonnard et de sa tour d’ivoire …. plus loin.

Je n’ai pas encore lu Balzac et la petite tailleuse chinoise du chinois Dai Sijie paru en 200 qui fit grand succès et fut même adapté en film, mais je vais bientôt le faire tant je me suis régalé, empiffré, érotisé, amusé… à lire L’acrobatie aérienne de Confucius paru en 2009. Là, jouer, c’est jouir. Lire c’est délire .

Entamé hier Grand Balan, le premier roman de Christiane Taubira. Voyage au pays de la langue créole de Guyane, fenêtre ouverte sur la liberté des mots.

Comme j’ai toujours la chance de la télé ne point avoir (seulement parfois en replay sur l’écran de l’iMac) je chasse les actualités d’automne dans le noir des salles obscures. Ce mois-ci elles ont composé pour moi cet étrange poème d’images :

Police / L’Ordre Moral. Une femme qui s’est enfuie / D’un Jardin qu’on dirait éternel / Honeyland

Un soupçon d’amour. Ondine / Josep. Les Héros ne meurent jamais : Billie. Et Yalda !

Je me suis assis au bord de l’amer, guettant l’arc-en-ciel qui fait le pont entre l’horizon d’hier et celui de demain.

Au réveil, il était encore midi.

do 91020

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #51

9 septembre 2020 § 0 commentaire § permalink

Un été constellé d’arbres.

L’arbre des colères. Après les presque trois mois de strict confinement à l’atelier, j’avais des fourmis dans les roues de ma Twingo et ai beaucoup pérégriné depuis le mois de juin. Cévennes, Savoie, Lot, Tarn & Garonne, Gers, Ariège, Vaucluse… Quelques bises échangées, mélangées d’insouciance et de vigilance, de questions et de doutes, de masques et de sourires libérés. J’ai rencontré beaucoup d’amis et une large palette d’émotions allant de « tout cela c’est de l’enfumage » à « j’ai eu la Covid et j’en suis encore bien fatiguée ». Qu’en reste-t-il ? La certitude qu’il n’y en a plus. Et la prise de conscience que la seule chose que l’on sait des conséquences de cette pandémie est qu’on n’en sait rien. Puisse la mise à jour de cette vulnérabilité et la conscience nouvelle qui en découle infuser toutes les longueurs d’onde de notre réel ! Dans les effets collatéraux de cet événement mondial totalement inédit, la forte abstention électorale – ce qui est certes dommageable et signe le mal être de notre démocratie – a propulsé bon nombre de maires écologistes à la tête de grandes villes. Salve d’applaudissements encouragés !!!

Tout-à-l’égout. Ce terme, appelé aussi assainissement collectif, fut inventé au XIXème siècle. À la veille d’un désastre écologique annoncé, cette appellation a un parfum de sinistre ironie. On aurait peut-être du le nommer Terre-à-l’égout !

L’arbre de la Table de la Lune. Ce fut du pin Douglas avec lequel j’ai fait pour le sentier artistique Léz’Arts en Adret une table de pique nique en forme de croissant de lune. J’ai encore dans les mains le goût et l’odeur de ce bois orangé si beau à travailler.

Savez vous ce qu’est la paréidolie ? C’est l’art de lire les nuages. Pourra-t-on encore le faire quand Elon Musk aura peuplé l’azur atmosphérique de ses fantasmes satellitaires ?

L’arbre des réseaux. Je me questionne sur la création d’un compte Instagram. Followers ou Faux Lovers ? Entre désir d’artiste d’étendre mon réseau au-delà des quelques 1500 abonnés de ces Nouv’ailes, voire de trouver acquéreur pour La Roue du Temps toujours confnée chez son fabricant, et pas très envie d’être encore davantage sur l’écran de mon smartphone, j’hésite. Et suis preneur de vos retours d’expérience si vous en avez.

Ce matin je me suis réveillé de bonne rumeur. Une rumeur de rien. C’était bien.

L’arbre des livres. Dans la forêt des belles feuilles de l’été, Bouches de Cendres d’Alvaro Escobar Molina aux Éditions de la Librairie du Labyrinthe. Deux enfants colombiens pris dans la tourmente d’une guerre civile sont repris par leur mère qui les emporte dans une odyssée d’épreuves et d’espérances au souffe andin puissant et poétique. Une cordillère de plaisir à gravir.

Après Au revoir là-haut et Couleurs d’incendies du puissant Pierre Lemaître, j’ai lu avec délectation Miroir de nos peines, troisième volet de cette trilogie. Cerise sur ce gâteau de lecture, j’ai dévoré cet ouvrage qui se déroule au mois de juin 1940, juste au moment où l’on commémorait l’appel du 18 juin. La débâcle de ce printemps de guerre venait en écho synchrone à cette étrange période d’après confnement, autre genre de débâcle de ce monde d’avant encore si présent.

Lu aussi Arcadie, d’Emmanuelle Bayamack-Tam, prix du Livre Inter 2019. Les utopies communautaires des seventies revues à la sauce contemporaine où s’invitent genre et migrants. La joie d’une belle écriture vive, légère et profonde.

Et puis aussi Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu, stimulant Goncourt 2018.

Pour changer des romans, je me suis replongé dans l’univers de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier dans la réédition de ces carnets du Japon où il vécut dans les années soixante, intitulée Le Vide et le Plein. Toujours le même plaisir à lire cet auteur. J’avais entendu à la radio grand bien d’un essai de Clément Rosset -Le Réel et son Double, essai sur l’illusion-. Qui m’est tombé des mains tant ses lignes se mirent le nombril occidentalo-centré dans sa propre interrogation philosophique.

La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste (Victor Hugo)

Pensez à noter vos rêves sur le petit carnet de votre chevet. Il est dit que ceux qui écrivent leurs rêves en font plus. Comme ceux qui regardent les étoiles ont davantage conscience qu’elles sont toujours là et que le jour, c’est juste la lumière du Soleil, notre étoile qui nous empêchent de les percevoir.

Quelques flms vus cet été. L’ombre de Staline, d’Agnieszka Holland sur la famine ukrainienne organisée par Staline en 1932. Madre de Rodrigo Sorogoyen. Les Parfums de Gregory Magne avec la toujours impeccable Emmanuelle Devos. Et pour me reconnecter avec la vie en capitale masquée, rien de tel au retour de l’été, que les plans mongols de La femme des steppes, le fic et l’œuf du chinois Wang Quan An. Un régal !

Les enfants jouent à la console… Mais qui consolent les enfants ?

L’Arbre des amis. Ce fut assurément le plus généreux des arbres de l’été. Celui qui ft se rencontrer des amis nantais chez une amie gersoise sous une pluie d’étoiles flantes, des toulousains autour d’un abreuvoir et d’une bergerie en Ariège, une voisine de banlieue chez des amis des bords de la Garonne… L’arbre des chants des cinq femmes du groupe La Mossa, tellement ravies de pousser leurs chansons napolitaines, argentines ou gaéliques qu’elles n’avaient pas jouées depuis près de six mois… Et aussi une séance de cinéma cubain (Epicentro, documentaire d’Hubert Sauper, auteur du fameux Cauchemar de Darwin) à la Ciotat, ville du plus vieux cinéma du monde, les descentes en canoë de l’Allier de la Vézère, où repose désormais le jonc d’or de ma maman que le courant a fait glissé de mon auriculaire droit, la balade aux jardins topiaires d’Eyrignac, les joyeuses et somptueuses randonnées en Ariège près d’Aulus les Bains où les genoux ont encore conjugué le « je-nous » de la marche en altitude. La revoyure sous une belle lumière des vitraux de Pierre Soulages dans l’abbaye de Conques qui ne m’avait pas séduit il y a plus de vingt ans mais qui là ont enchanté cette visite en compagnie de mon ex- médecin dionysien et de sa femme. Il œuvre désormais dans une maison médicale du Grand Figeac. Je fus son patient et ces nouv’ailes dont il est lecteur fidèle ont permis de transformer cette « patience » en amitié. Merci pour l’accueil dans la si belle maison lotoise au toit à double pente !

L’automne s’en vient doucement. Faites qu’il pleuve 30 tonnes d’eau par hectares et par jour (soit une lame d’eau de 3mm d’épaisseur sur les 10000m2 de cet hectare) pour que cessent ces arbres aux feuilles déjà calcinées croisés sur la route du retour. Retour magnifé par les quatre jours de fêtes, de rires et de musiques à célébrer le mariage des amis nantais Bertrand et Doumé, leurs trente années de vie commune, leurs enfants et la ribambelle d’amis qui donnent tant de baume aux cœurs des pommes d’amour de l’automne.

J’écris cette chronique en écoutant Les Failles de la délicieuse chanteuse Pomme.
Avançons avec précaution vers le devenir qui s’en vient. Et faites que votre voyage en soi soit aussi un voyage en soie.

do 9920

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #50

1 juillet 2020 § 0 commentaire § permalink

L'alarme à l'œil.

C'est désormais le masque aride après la mascarade des masques en rade. À moins qu'il ne faille dire le masque à rides. Dans la rue des espaces publics, tous les visages ne cachent pas les lèvres de leurs sourires. Mais dans les transports en commun, l'obligation sanitaire, sans doute nécessaire (mais qui le sait vraiment et dans quelle mesure remplit-elle la case hypocrite d'un formulaire ? Essayez la distance sociale, pardon la distanciation physique dans une rame de métro à l'heure de pointe !), cette obligation prend des allures orwelliennes de bâillonnement. L'image qui s'inscrit sur la rétine – tous ces visages sans commissures, tous ces bandeaux sans souffle, tous ces yeux qui n'osent plus se croiser – est celle d'un monde sans voix, un silence contraint, une invitation au cri d'indignation. Un monde à pleurer. Qui vient résonner dans le fil d'actualité de ce printemps avec le « I can't breathe » de George Floyd assassiné sous le genou du policier Derek Chauvin tandis que l'on découvre en France, sur les réseaux sociaux, des groupes privés de gendarmes et policiers où l'insulte raciste est monnaie courante. À quand la chasse à la brebis galeuse, promise par le sinistre de l'Intérieur? Le monde à bout de souffle aurait besoin d'une nouvelle respiration où masque ne rimerait plus avec matraque...

Lu sur une vitrine : « on ne peut plus se serrer les mains, ça n'empêche pas de se serrer les coudes »

Alors, après ces quatre-vingts jours de confinement à faire le tour de mon atelier et le voir en peinture et de toutes les couleurs, l'envie est venue de faire un tour de pays de plus de 100km et de transformer le volant de ma Twingo en tapis de visite des amis. Je vous écris des bords du Bassin d'Arcachon. Dans les lectures de ce mai à moitié confiné, l'excellent roman de Jean Michel Guenassia La valse des arbres et du ciel autour de la vie (et la mort) de Van Gogh à Auvers sur Oise. Et si le bon docteur Gachet n'avait pas été ce philanthrope ami des artistes... Et si sa fille avait été l'amoureuse de Vincent qui ne se serait pas suicidé...

Lu aussi la trilogie de la norvégienne Anne Ragde (La terre des mensonges, La ferme des Neshov et L’héritage impossible). Une étrange saga familiale et porcine… Et pour clore cette incursion dans la littérature nordique Le Hibou de Samuel Bjørk. Un chouette polar…

« La vie est un roman mais la vérité de la vie est le conte » a dit la conteuse Bernadette Bricout citant le médiéviste Michel Zink.

Comment écrivez-vous le pluriel de chef-d'œuvre ? Où mettez-vous le s ? Entendu dans la voix de la linguiste Aurore Vincenti qu'il se mit au cours des siècles parfois à « chef », parfois à « œuvre », parfois au deux. Aujourd'hui mon correcteur orthographique me suggère « des chefs-d'œuvre ». Conclusion de ces variations langagières et temporelles: sous votre masque, sentez vous libre de jouer joyeusement avec la langue !

« Les cours de théâtre c'est la traite des planches » (Guitry cité par Luchini).

L'alignement des planètes. C'est devenue une formule journalistique, presque un tic de commentateur sportif avide d'exploits, qui signale une conjoncture exceptionnelle. Mais nulle part ai-je entendu sur les ondes allusion à cette conjonction des quatre planètes Pluton, Saturne, Jupiter et Mars qui signaient leur voisinages astronomiques de ce printemps de chants d'oiseaux. Pourtant elle serait bien opportune cette formule en cette année 2020 qui fait bien l'addition des quarantaines. Vu de notre Terre, le mouvement relatif des autres planètes de notre système solaire semble s'inverser pendant un certain temps puis repartir dans le sens initial. Cette conjonction de fin d'hiver connaît aujourd'hui une phase de ralentissement printanier avant de boucler sa boucle à l'automne prochain. Alors deuxième vague ou second souffle ? Mais je me souviens avoir écrit dans les nouv'ailes d'avril que l'envol de l'horizon, suivant les dires d'André Barbault dans ses prévisions astrologiques pour le XXIème siècle était annoncé pour 2026... Alors gardez votre souffle et nourrissez votre patience...

Comme chaque année, les Nouv'ailes vont faire un break estival pour se retrouver au neuvième jour du neuvième mois, autrement dit le 9 septembre ! Après le printemps confiné, souhaitons nous un été raffiné !

Respirez, vous serez démasqués !

do 9620

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #49

9 mai 2020 § 0 commentaire § permalink

Empathie.

Car je n’en pâtis pas. De ce confinement dans ces semaines de solitude isolée mais reliée et somme toute assez heureuses. Pas d’urgence en ma bulle d’atelier dans ce monde en état d’urgence prolongé sans notre avis jusqu’au 10 juillet. Plutôt du fourmillement tous azimuts. La première image jointe à ces nouv’ailes vous donne échos colorés des silences créatifs qui jalonnent ces heures de printemps. Et les détails cadrés serrés des peintures prises dans la matinée de ce samedi font germer de nouvelles idées d’œuvres.

Un grand espace, la possibilité de sortir un peu dans le square attenant, un wifi capricieux mais activable à volonté, une radio accompagnatrice pour suivre ou stopper les bruits du monde, un replay pour revoir quelques films ou documentaires sans horaires, tout cela concourt à un mode à mi-chemin entre méditatif et créatif qui rythme les longues journées de travail, cette période de mises à jour et d’achèvement de nombreux travaux. Seuls manquent les présences physiques, les regards sans écran des amis, les courses sans fin aux chemins des montagnes, les rires sans filtres des bords de mer, les joies partagées aux touchers du soleil. Je mesure à sa juste valeur le privilège raffiné d’être ainsi confiné et pense avec beaucoup de douceur et d’empathie à tous celles et ceux qui n’ont pas ce possible. Et apaise les craintes des lendemains par cette phrase de Théodore Roosevelt citée par Tonino Benaquista :

«Il n’y a rien à craindre sinon la crainte elle-même.»

Dans deux jours, le 11 mai, qui devrait plutôt s’écrire en région parisienne « le 11, mais !!! » sonnera non pas la fin de la récréation mais celle de la « confination ». Je crois que je vais la prolonger un peu, ayant peu d’obligations et encore moins d’appétence pour les correspondances masquées entre métro et RER. Peut être qu’un peu de vélo….

Quel plaisir de réécouter quelques morceaux choisis d’interviews : Robert Linhart, Edgar Morin, Michel Pastoureau ou encore l’intense, l’intime et l’universelle Annie Ernaux dont le très recommandable Les Années vient de paraître en poche et qui en citant Laurent Terzieff ouvrait l’abime et les portes du monde d’après :

« Chaque époque a un avenir qui meurt avec elle ».

Les équipes de foot auront droit à cinq joueurs remplaçants au lieu de trois lors de la reprise des matches car ils seront fatigués, n’ayant pas pu s’entraîner normalement!!! Il est de ces nouvelles dont le dérisoire saute soudain aux oreilles confinées qui se demandent ce qu’une telle information vient faire sur les ondes d’une radio nationale…

Savez vous ce qu’est un gogol, souvent orthographié en anglais« googol ». C’est le nom d’un nombre, 10 100 qui peut s’écrire à l’aide d’un 1 suivi de 100 zéros, soit 10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000. Ce nombre baptisé en 1938 par le mathématicien américain Edward Kasner a explicitement inspiré les fondateurs d’un célèbre moteur de recherches que vous pourriez avantageusement remplacer par un qui ne trace pas vos données !

Pas de conseils de lecture ou de cinéma ce mois-ci pour ne pas alourdir la somme de tous les suggestions et hautes recommandations culturelles qui ont abreuvé cette peur du temps vide qui a empli l’atmosphère. Juste le plaisir de réaffirmer ici le bonheur de cette petite fenêtre épistolaire que je m’offre au 9 de chaque mois et que je vous partage en toute liberté. Lisez, regardez, répondez, partagez.. Ou pas… Au delà de l’appui sur la touche « enter », ces mots envoyés sont à vous comme une petite bouteille de mémoire lancée aux flots fragiles de la fugacité.

«Promettez la flamme» a dit le titan Prométhée aux humains à qui il fit don du feu qu’il avait volé aux dieux.

On devrait peut être le contacter demain, non ?

do 9520

AU 9 RUE DES NOUV’AILES #48

10 avril 2020 § 0 commentaire § permalink

Le virus et le squelette.

J’ai travaillé il y a une vingtaine d’années comme illustrateur pour, entre autres les éditions Dangles. En 1998, je reçus commande d’un dessin pour la couverture d’un livre intitulé Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire d’André Barbault, auteur que j’avais lu à la fin des années 70 quand je commençais à m’intéresser à cet univers et qui est décédé à l’âge vénérable de 98 ans en octobre dernier. Une fois cet ouvrage édité, je le feuilletai brièvement puis le rangeai dans ma bibliothèque, n’étant pas très porté sur le prédictif et préférant cheminer avec les astres comme une manière poétique de se relier par l’esprit au système solaire dans lequel nous vivons et m’en servant surtout comme horloge chronologique permettant d’observer ou d’anticiper les différentes phases et rendez-vous importants de mon chemin de vie. Mais confiné strictement dans mon grand atelier dionysien – à ce jour trois sorties courses et deux sorties boulangerie, merci le congélo – pour un temps éminemment et forcément créatif, je suis allé voir la table des matières de l’ouvrage ci-dessus mentionné.

Et là, surprise, sous le titre du chapitre XV intitulé « Les trois caps du premier tiers du siècle » je lus :

1-La fracture de 2010

2-La chute de 2020

3-L’envolée de 2026.

J’avais mentionné dans les Nouv’ailes de février dernier la conjonction des planètes Pluton, Saturne et Jupiter dans le signe du Capricorne traditionnellement associé dans le corps aux genoux et à l’ossature . Il semblerait que l’on puisse résumer cette période inédite dans l’histoire de l’humanité comme l’attaque par un virus microscopique du squelette macrocospique de notre planète.

Le mal a dit la maladie. Il nous faut maintenant gai rire.

Est-ce une bonne nouvelle que l’envolée soit prévue pour 2026 ? Oui parce que c’est une envolée, non parce que cela veut dire qu’il va falloir être patient… Mais comme bon nombre d’entre nous disait que l’on allait droit dans le décor, nous voilà bel et bien stoppé au pied du mur et cela est plutôt de bonne augure. Depuis que l’humain a joué avec le feu nucléaire et a la possibilité de s’autodétruire, voyons s’il est capable d’enfin écouter et de réparer le vivant comme l’a si bien titrer Maylis de Kerangal.

Dont j’ai beaucoup aimé le livre Un monde à portée de main. Une histoire de peinture et de regard. Pas beaucoup d’autres conseils de lectures ce mois-ci, n’ayant pu aller m’abreuver à temps le samedi 14 dans l’après-midi à la médiathèque de mon quartier qui a fermé ce jour-là… à midi. Alors j’ai fini de lire l’excellent Par les Routes de Sylvain Prudhomme, prix Femina 2019, puisé dans quelques ressources non encore lues de ma bibliothèque et plongé dans la correspondance d’Albert Camus et Maria Casarès publiée dans la collection Blanche de Gallimard en 2017. Gros pavé de 1300 pages qui retrace leurs échanges épistolaires entre 1944 et 1959. À lire par petites touches passionnées et passionnantes.

Ce livre m’avait été offert par mon amie Suzanne qui s’en est allée au matin du 5 avril après deux mois de soins palliatifs. J’avais pu la visiter et la serrer dans mes bras dans sa clinique le vendredi 13 mars. Nos derniers échanges furent téléphoniques avec une visite de mon atelier par Whatsapp grâce une gentille infirmière qui rendit cela possible. Ce n’est pas son départ qui est triste. Elle était totalement lucide, apaisée et désormais libérée de ses insuffisances respiratoires que le covid a accentué dans les derniers jours. Ce qui m’est douloureux, c’est de ne pas avoir pu lui tenir la main, lui baiser le front après le dernier souffle, partager avec ses amis les nécessaires rituels funéraires qui ouvrent le deuil et servent un verre à boire pour dire que la vie continue. Alors je poste chaque jour jusqu’à sa crémation sur un petit groupe Whatsapp une photo d’elle et de son mari Maurice, tendres et chers amis à qui j’avais dédié la Roue du Temps.

Un allemand a promené 99 téléphones connectés à Google Maps. Google a indiqué qu’il y avait là un embouteillage.

Je me suis mis en mode « ermite créatif » et occupe mes journées à peindre, à dessiner, et à graver de nouvelles plaques après avoir pris le temps d’apprivoiser ma presse, tel un Sisyphe obstiné à vouloir encore œuvrer à la tentative de la beauté du monde. En cuisinant, en écoutant la radio, quelques concerts et films sur arte.tv, en relisant quelques albums d’Astérix au son de Manu Dibango et en faisant suivre avec modération les nombreuses blagues reçues sur mon téléphone. Quelques skypes transatlantiques ou vietnamiens, quelques flèches tirées à la makiwara (c’est une botte de paille qui permet l’entraînement au Kyudo), quelques brèves sorties dans la partie close du square qui jouxte mon atelier… L’État est en urgence et curieusement, il n’y en a plus dans le fil du quotidien. Le temps est suspendu comme dans les jardins intérieurs d’une Babylone post moderne. Je me souviens d’une retraite de méditation Vipassana faite en 1993 et me reconnecte à la mémoire de ce temps.

Courage est un mot qui vient de cœur.

Courage est un mot qui vient du cœur.

Il reste à attraper le fil de l’horizon pour en découdre l’adversité. Avec vous. Avec Liberté, Égalité, Fraternité.

do 9420

AU 9 RUE DES NOUV’AILES#47

10 avril 2020 § 0 commentaire § permalink

C’est Le Printemps des Poètes ! Une salutaire bouffée d’air dans cette période qui étouffe. Dans le cadre de cette manifestation nationale (https://www.printempsdespoetes.com) je vais participer du 18 au 23 mars à une exposition collective dans la Galerie du Génie de la Bastille, Paris 11. Le thème de cette année est Le Courage. Opportun, non ?

La saison des appels à projets bat son plein. Je n’irai toujours pas au Sancy cette année mais espère le Chili, Chicago, l’Estonie, Saumur, Charente ou Eguezée en Belgique. À suivre…

J’ai appris récemment que la sculpture monumentale en pin Douglas – Le Labyrinthe Vertical – que j’avais faite au Luxembourg en 2015 vient de rendre l’âme. L’Escalier Perpétuel, réalisé à Matour en Saône & Loire en 2010 a été démonté en 2017 car devenant dangereux pour le public. J’en conclus que la durée de vie d’une sculpture en Douglas en extérieur va de 5 à 7 ans. Envie d’acier…

Paroles de révolution par trois fois

Entreprendre est infortune Persévérer est dangereux

Alors confiance.

Tel le texte de la troisième ligne de l’hexagramme 49 du Yi Jing, figure dite «La Révolution, la Mue». Une autre version du 49/3, article de loi passé soudain en arrière-plan sous les « corona » de l’actualité.

Entendu de nouveau dans le fil des radios l’hypothèse GAÏA, théorie énoncée en 1970 par le climatologue anglais James Lovelock. «…L’ensemble des êtres vivants sur Terre formerait ainsi un vaste super organisme appelé Gaïa…». En bref, et bien que cela soit une évidence, la Terre serait une cellule unique. Force est de constater aux rythmes des alertes météo, des invasions de virus et autres abîmes abyssaux de l’état écologique de notre petite bulle bleue que Gaïa n’est plus … une hypothèse. Dans Intelligence Artificielle, il y beaucoup d’artificiel. Y a t’il de l’intelligence ? Qui, n’oublions pas, vient du latin inter ligere, que l’on peut traduire par «lire entre les lignes». En tapant «chapelle sixtine» dans un moteur de recherche commençant par G, je n’ai pas trouvé d’images des scènes centrales du détail représentant «Adam et Ève chassés du paradis terrestre». L’omniprésente image qui défile sur l’écran est celle de «La Création d’Adam» quand «Dieu» s’apprête à le toucher du doigt. (Oui, on dit Adam & Ève, non pas Ève et Adam, on entendrait Ève est à dent. Même si ça sent le dentifrice, cela peut aussi dire qu’elle est capable de mordre). Ave César !!! Dans les lectures de ce début de printemps qui s’avance masqué, Le Dynamiteur, premier roman du regretté Henning Mankell, une dose de Petit Piment (qui en réalisté s’appelle Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko) d’Alain Mabankou, le jubilatoire (en poche) Serrurier Volant de Tonino Benaquista illustré par Tardi, le roman romanesque et historique La révolte, de Clara Dupont-Monod, qui conte l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine, mère de Richard Cœur de Lion et les guerres de rivalité de chaque côté de la Manche à la fin du douzième siècle. Échos lointains de notre moderne Brexit, bonne méditation sur les violences d’hier et celles d’aujourd’hui… Et aussi le fantasque La Loi du Rêveur de Daniel Pennac, auteur entre autres en 2012 du formidable Journal d’un Corps. À l’heure où j’écris, les cours du brut plongent sous les coups de la lutte pétrolière entre Russie et Arabie Saoudite. Pendant ce temps-là, à la frontière turco-syrienne, des tirs à balles réelles sur les civils qui tentent de s’enfuir…. Vivement les balles non réelles !

Dans les films du mois, une belle comédie dramatique allemande «Deux» de Filippo Meneghetti avec les sensibles Barbara Sukowa et Martine Chevallier, un beau voyage avec «Jin Pa, un conte tibétain» de Pema Tseden,, le touchant singapourien «Wet season» d’Antony Chen, l’écologiste Dark Waters de Todd Haynes et pour les petits et les grands aussi, même en DVD, «La fameuse invasion de la Sicile par les Ours» de Lorenzo Mattoti d’après une nouvelle de Dino Bugatti. On peut aussi voir avec intensité «La fille au bracelet» de Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs, et avec humour et sourire Un divan à Tunis de Manele Labidi avec la belle Golshifteh Farahani.

J’ai reçu la la traduction française d’un texte italien intitulé Lutter intelligemment contre l’épidémie de corona virus. Faire suivre ou pas ? Je joins le pdf en pièce jointe de ces Nouv’ailes avec les cinq photos qui accompagnent chaque numéro d’icelles. Faites en l’usage que vous voulez et portez vous belle attention.
Courage !

do 9320