AU 9 RUE DES NOUV’AILES #49

Empathie.

Car je n’en pâtis pas. De ce confinement dans ces semaines de solitude isolée mais reliée et somme toute assez heureuses. Pas d’urgence en ma bulle d’atelier dans ce monde en état d’urgence prolongé sans notre avis jusqu’au 10 juillet. Plutôt du fourmillement tous azimuts. La première image jointe à ces nouv’ailes vous donne échos colorés des silences créatifs qui jalonnent ces heures de printemps. Et les détails cadrés serrés des peintures prises dans la matinée de ce samedi font germer de nouvelles idées d’œuvres.

Un grand espace, la possibilité de sortir un peu dans le square attenant, un wifi capricieux mais activable à volonté, une radio accompagnatrice pour suivre ou stopper les bruits du monde, un replay pour revoir quelques films ou documentaires sans horaires, tout cela concourt à un mode à mi-chemin entre méditatif et créatif qui rythme les longues journées de travail, cette période de mises à jour et d’achèvement de nombreux travaux. Seuls manquent les présences physiques, les regards sans écran des amis, les courses sans fin aux chemins des montagnes, les rires sans filtres des bords de mer, les joies partagées aux touchers du soleil. Je mesure à sa juste valeur le privilège raffiné d’être ainsi confiné et pense avec beaucoup de douceur et d’empathie à tous celles et ceux qui n’ont pas ce possible. Et apaise les craintes des lendemains par cette phrase de Théodore Roosevelt citée par Tonino Benaquista :

«Il n’y a rien à craindre sinon la crainte elle-même.»

Dans deux jours, le 11 mai, qui devrait plutôt s’écrire en région parisienne « le 11, mais !!! » sonnera non pas la fin de la récréation mais celle de la « confination ». Je crois que je vais la prolonger un peu, ayant peu d’obligations et encore moins d’appétence pour les correspondances masquées entre métro et RER. Peut être qu’un peu de vélo….

Quel plaisir de réécouter quelques morceaux choisis d’interviews : Robert Linhart, Edgar Morin, Michel Pastoureau ou encore l’intense, l’intime et l’universelle Annie Ernaux dont le très recommandable Les Années vient de paraître en poche et qui en citant Laurent Terzieff ouvrait l’abime et les portes du monde d’après :

« Chaque époque a un avenir qui meurt avec elle ».

Les équipes de foot auront droit à cinq joueurs remplaçants au lieu de trois lors de la reprise des matches car ils seront fatigués, n’ayant pas pu s’entraîner normalement!!! Il est de ces nouvelles dont le dérisoire saute soudain aux oreilles confinées qui se demandent ce qu’une telle information vient faire sur les ondes d’une radio nationale…

Savez vous ce qu’est un gogol, souvent orthographié en anglais« googol ». C’est le nom d’un nombre, 10 100 qui peut s’écrire à l’aide d’un 1 suivi de 100 zéros, soit 10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000. Ce nombre baptisé en 1938 par le mathématicien américain Edward Kasner a explicitement inspiré les fondateurs d’un célèbre moteur de recherches que vous pourriez avantageusement remplacer par un qui ne trace pas vos données !

Pas de conseils de lecture ou de cinéma ce mois-ci pour ne pas alourdir la somme de tous les suggestions et hautes recommandations culturelles qui ont abreuvé cette peur du temps vide qui a empli l’atmosphère. Juste le plaisir de réaffirmer ici le bonheur de cette petite fenêtre épistolaire que je m’offre au 9 de chaque mois et que je vous partage en toute liberté. Lisez, regardez, répondez, partagez.. Ou pas… Au delà de l’appui sur la touche « enter », ces mots envoyés sont à vous comme une petite bouteille de mémoire lancée aux flots fragiles de la fugacité.

«Promettez la flamme» a dit le titan Prométhée aux humains à qui il fit don du feu qu’il avait volé aux dieux.

On devrait peut être le contacter demain, non ?

do 9520

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