DES NOUVAILES DU NEUF N°62

9 avril 2015 § 1 commentaire

« À la Vitesse de la Peinture »

Ce sera le titre de mon exposition en octobre prochain, du 8 au 18, à la Galerie du Génie, là où j’ai exposé à l’automne dernier. C’est bonheur que d’œuvrer aujourd’hui dans cette perspective et l’atelier se remplit de toute cette promesse. Le bois se fait sabler, la toile se colle aux papiers de soie à travers le grillage à maille carrée et la main vibre entre préhistoire et mécanique quantique. Si « la mesure de l’amour c’est aimer sans mesure », alors je peux ici affirmer que j’aime de tout mon cœur « ce beau métier qui est le nôtre » comme me l’a écrit récemment une amie et collègue artiste.

Grande réjouissance au Musée d’Orsay à Paris avec la sublime exposition de Bonnard dont la peinture prend avec le temps une magnifique ampleur et l’élève à l’égal des plus grands (Et en parlant d’élève, si je n’avais qu’un maître en peinture, ce serait lui, l’homme et le peintre qui suivit toute sa vie la voix intime de son chemin). Cette visite me ramena au temps du retour du Québec et de mon arrivée à Paris lorsque je découvris cet artiste lors de sa première grande rétrospective à Beaubourg en 1984. J’appris alors que bon nombre de ses toiles avaient été bloquées pour une sombre histoire d’héritage, ce qui expliquait qu’il n’y ait pas eu de grandes expositions depuis sa mort en 1947. À l’occasion de cette lumineuse « Peindre L’Arcadie », j’ai aussi appris que Bonnard était, excusez du peu, le peintre préféré de Bacon et que Picasso n’avait jamais pu s’en faire un ami ou un ennemi. Et je me réjouis à l’avancer de lire prochainement « Bonnard, carnets secrets » d’Olivier Renault qui vient de paraître. À voir en replay sur Arte, Bonnard les couleurs de l’intime : http://www.replay.fr/players/b19f556a20f84347284c682310d211cc

On vient de découvrir chez le fils d’une amie qu’après la chute de ses dents de lait, celles qui poussent sont … sans émail ! Il semblera bien difficile de mesurer les causes de cette malformation…. Mais je pense que l’on a pas fini de découvrir les ravages souterrains des perturbateurs endocriniens, à l’image de ces petites-filles et arrières petites filles des femmes qui prirent dans les années soixante du Distillbène et qui en subissent encore aujourd’hui les conséquences…

Eu récemment le plaisir de renouer avec quelques spectacles de théâtre dont notamment Ligne de Failles d’après le livre de Nancy Huston. Outre la qualité de ce spectacle, ce qui m’a frappé, c’est la sensation de vérité et de présence au réel des acteurs qui émanait de ce moment théâtral et me faisait mesurer la place qu’a prise dans nos vies le « réel enregistré », qu’il soit musique, image, mot, mouvement ou information…. Là cette soirée méritait bien le titre de « spectacle vivant » et invitait à méditer sur la nature et la profondeur des émotions qui naissent de « l’enregistrement du monde ».

Savez-vous ce qu’est la Netarchie ? Grâce à la capacité sans fin qu’a le capitalisme d’inventer des mots nouveaux pour dire encore et encore la sempiternelle propension à cannibaliser l’humanité et infantiliser l’avenir du monde… La Netarchie, c’est la galaxie des « world compagnies » qui règnent sur le Net… Google, Apple, Amazon, Facebook… Tiens ! elles sont toutes from USA…

Lu d’une seule traite Charlotte Salomon, roman de David Foenkinos. Dans ce texte aux allures de poème scandé de phrases courtes, il évoque à travers la trajectoire de cette peintre le sinistre Aloïs Brunner qui œuvra comme chef de la Gestapo à Nice, à qui elle dût sa déportation et qui termina tranquillement ses jours d’assassins nazis… en Syrie. On ne me fera pas croire qu’il n’a pas laissé quelques terrifiantes recettes dans cette contrée qui vit les origines de nos civilisations, aujourd’hui dévastée….

Lorsqu’un véhicule rate un virage, peut-on dire que le fossé a été faussé ?

« Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées » disait Winston Churchill. Il faudra certainement faire un sondage pour savoir combien de Français croient à cette sentence et combien pensent que les sondages ne sont là que pour conforter une vision dominante et formatée de la réalité. On y ajoutera une autre enquête (en quête ?) d’opinion pour savoir combien de nos concitoyens pratiquent l’art du mensonge quand ils répondent à ces questionnaires.

Qui se souvient encore aujourd’hui du nom dont a été baptisé le cyclone qui a ravagé le Vanuatu il y a moins de quatre semaines ? Pam pam pam pam….

Où sont les racines d’un arbre généalogique ? C’est la pensée qui me vint en commençant, il y a deux jours le roman de Pierre Lemaître – Goncourt 2013 – intitulé Au revoir là-haut et qui débute à la fin de la guerre 14-18. Et me poursuivit à travers la figure de mon grand père, Alphonse qui y fut gazé et reçut un éclat d’obus dont j’ai gardé le souvenir intact, les rares fois où je vis la cicatrice qui zébrait la peau diaphane de son dos de paysan aux mains et visage burinés par le soleil des travaux des champs. Quelques centimètres de plus à droite ou à gauche sur la trajectoire de cet éclat de guerre et je ne serai pas dans ce train… en train d’écrire ces quelques lignes.

Pourquoi dit-on un tonnerre d’applaudissement alors que, si l’on écoute bien, ça ressemble plutôt à la pluie ? C’est ce que je me disais à la fin de « Gaspard de la Nuit » de Ravel entendu dans la nouvelle nef parisienne de la musique qu’est la Philharmonie (quel beau mot que celui-ci qui « aime l’harmonie ») et que j’écoute en CD dans la version pour piano d’Anna Vinnitskaya en écrivant ces Nouv’ailes.

« Se rappeler avec plaisir le plaisir d’avoir eu du plaisir ». Lu cette belle phrase à l’annonce de la mort de la journaliste et écrivain (je n’arrive pas à écrire « écrivaine », ça rime trop avec vaine) Michèle Manceaux, belle et lumineuse femme dont je me souviens avoir lu à l’orée des années 80 son livre Grand Reportage. Cela parlait d’intime, de dépression, d’une route vers Avallon qu’elle entendait « avalons » et de repère qu’elle prononçait « re-père ».

Dans les fils du mois de moi, il y a Hacker –thriller qui débute par un piratage d’une centrale nucléaire à Honk-Kong et son pendant documentaire Citizenfour sur Edward Snowden. Un bijou islandais : Paris of the North. Et dans la séquence rattrapage, Sils Maria avec « La » Binoche. À voir aussi L’Antiquaire avec le face à face Bouquet/Hirsch. Le journal d’une femme de chambre de Benoît Jacquot. Et Voyage en Chine avec « La » Moreau (pas Jeanne, mais Yolande).

Il y a une ironie quelque peu amère à constater que la mémoire dysorthographique de l’Histoire a retenu le nom de Christophe Colomb pour la découverte de l’Amérique alors qu’en réalité il s’appelait Christophe Colon.

« La beauté, c’est quand il n’y a plus rien à enlever ».

En avril ne te découvre pas d’un fil. Et le printemps sera beau.

do 9415

Pour cause de « Fête à Mimi », les prochaines Nouv’ailes ne paraîtront que le 13 mai.

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