DES NOUV’AILES DU NEUF n °48

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9 décembre 2013

DES NOUV’AILES DU NEUF n°48

 

Poser son regard.

 

Une quinzaine de personnes sont venus poser le leur dans l’huis de mes portes ouvertes de la mi-novembre. Qu’elles en soient ici remerciées. La complicité qui se tisse là caresse le pinceau dans le sens du poil et réconforte un instant le peintre toujours trop gourmand de visites, voire évidemment de ventes. Attrapé à la radio ce dilemme : être artiste, c’est avoir envie de se cacher pour le rester et de se montrer pour le dire. Insoluble contradiction qui m’a fait souvenir du Vent Paraclet de Michel Tournier lu sur les routes autostoppeuses de Gaspésie en octobre 81, où il décrit comment l’œuvre s’écrit à travers lui. À mettre en regard des Lettres à un Jeune Poète de Rilke au panthéon des indispensables. Alors garder au cœur le plaisir de créer sans autre but que la joie de respirer la spirale euphorique du processus créateur. Sans cesse chercher une liberté à inventer et laisser le temps faire son œuvre… En être à la fois l’acteur, le témoin et le regard.

Que ce soit dans une coquille d’œuf ou un tube de peinture, ma créativité se nourrit d’origine. Puisque « si l’on ne sait pas où l’on va il faut regarder d’où l’on vient » comme dit le proverbe africain. Chercher dans l’originel la source d’un universel . Ou l’inverse. Lier Lascaux et Schrödinger. Peindre la Terre Native, il n’y a pas d’autre alternative.

 

« L’Art, c’est tout l’Univers recréé dans un homme » (Bourdelle).

 

La prochaine fois que vous voyez en pleine campagne un TGV traverser le paysage, regardez sa vitesse et imaginez les vents qui ont soufflé sur les Philippine, il y a un mois à peine… Vous souvenez-vous ou avez-vous déjà oublié?

Incroyable nouvelle : on vient de découvrir que la pollution est dangereuse ! Les gaz d’échappement des moteurs diesel, les particules polluantes de l’air ambiant viennent d’être classées dans la liste des cancérogènes avérés pour l’Homme, favorisant l’apparition de cancers du poumon et de la vessie. Mais de qui se moque-t-on pour oser annoncer comme nouvelle cette information qui tombe sous le (bon) sens ? Vous reprendrez bien un peu de saumon d’élevage en ces veilles de fêtes ? Celui de Norvège semble le plus fourni en métaux lourds ou autres perturbateurs endocriniens…

 

Quand un sourire manque d’ère, il soupire…

 

« Cette pomme est rouge du sang des noirs victimes de l’apartheid blanc en Afrique du Sud. » C’était, sous une pomme Granny Smith verte, la légende d’une affiche prônant le boycott des oranges Outspan rencontrée lors d’un stage de découverte de la non-violence au milieu des années 70. Merci Monsieur Mandela d’avoir fait sortir un arc-en-ciel de cette pomme empoisonnée.

 

Au jour d’annonce du départ de Madiba, je suis allé voir Zulu, film tiré du livre de Caryl Férey dont je vous ai parlé récemment. Polar efficace dans la violence de l’Afrique du Sud avec l’excellent Forest Whitaker. Dans la cinéphilie de ce décembre, il y a le brillantissime et très intelligent Vénus à la fourrure de Polanski qui nous emporte dans les différents jeux entre un homme et une femme, un metteur en scène et une comédienne à moins que ce soit entre deux acteurs de cinéma…

Moi qui rêve d’arriver à New York en bateau me suis régalé avec The Immigrant de James Gray avec l’émouvante Marion Cotillard. D’immigration il est question aussi dans le beau noir et blanc subtilement tacheté de couleurs du film Heimat. Nous ne sommes plus dans l’Amérique de 1921 mais dans l’Autriche de 1843.  Beaucoup ri à la vision de Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier avec un Thierry Lhermitte en Villepin flamboyant mais surtout avec le formidable vieux matou Nils Arestrup. De quoi effacer le spleen un peu tristoune de Inside Llewyn Lewis des frères Coen. Rajouter une couche de Guillaume et les Garçons, à table ! et vous avez ainsi mon ciné menu de ces dernières semaines.

 

Connaissez vous un chanteur qui aurait des tuyaux pour faire un tube ?

 

J’ai conté jadis mon arrivée à Paris ( http://dodelaunay.com/2003/) il y a maintenant trois décennies. Dix ans plus tard, pour passer de 93 à 94 je m’offris une expérience que chacun devrait à mon sens faire une fois dans sa vie : une retraite de dix jours dans un centre de méditation Vipassana. Dix jours de silence avec pour seul but de porter son regard  dans l’infime et infini intime  de soi…. Au sortir de cette randonnée intérieure, un vol de neuf hérons salua l’an nouveau. Depuis, chaque héron qui croise à portée de mes cils me relie à cette danse de silence.

 

« Un enfant qui ne tient pas en place est un enfant qui n’a pas sa place ». Le contact avec les enfants via les arts plastiques est parfois formidable (comme cette séance de pose où je leur ai demandé de me dessiner, voir la troisième pièce jointe de ces nouv’ailes) parfois affolant à observer comment certains tiennent leur crayon. Aux États-Unis, certaines écoles envisagent de ne plus apprendre aux enfants à écrire à la main, mais directement sur clavier ! À voir comment est organisé le marketing des jeux vidéo et autres outils numériques (la pénurie est planifiée pour susciter la peur du manque et les consoles sont ainsi réservées des mois à l’avance) je me dis que le capitalisme, jamais à court d’idées récupératrices a trouvé là un inépuisable filon pour satisfaire la console du je.

 

Lors de mon année sabbatique et quebécoise au début des années 80, je pris en pleine face la lecture du « Monde selon Garp » de John Irving que je prolongeai par L’Hôtel New Hampshire ». Puis il y eut « L’œuvre de Dieu, la part du Diable ». J’en lus d’autres qui me laissèrent sur leur fin, mais viens de retrouver ce grand romancier dans sa dernière parution « À moi seul bien des personnages ».

 

Qu’est ce que le regard ?

 

Un dard plus aigu que la langue

la course d’un excès à l’autre

du plus profond au plus lointain

du plus sombre au plus pur

 

un rapace                                        (Philippe Jaccottet. AIRS, poèmes 1961-1964)

 

Je vous souhaite un œuf de noël tout en plumes.

 

do 91213

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