AU 9 RUE DES NOUV’AILES #33 (ou la Transe Atlantique du Queen Mary 2)

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8 novembre 2018

      Un poisson et un oiseau.
      L’océan et le ciel. L’horizon et la verticale.
      Le poisson, je l’ai vu le premier matin de la traversée après le départ de Southampton. Quelques dauphins sont venus jouer dans l’écume et j’ai retrouvé leur écho dans les pales des hélices très contemporaines sur le pont avant du bateau (photos 1et 2). L’oiseau, il m’a été donné, à peine débarqué, sur les quais de Brooklyn, chapeautant de son vol la silhouette érigée de la Statue de la Liberté (photo 8). Entre ces deux termes de cette bulle d’espace et de temps en forme de paquebot, il y aura le bain dans le jacuzzi sur le pont arrière, la contemplation sans fin de la ligne d’horizon à travers la fenêtre de la cabine 4048 (photo 3), les portraits croqués dans les bars ou les coursives (photo 4). Le concours de fléchettes, les parties de scrabble sur le pont n°2, au ras des flots, là où la mer d’un profond bleu métallique agite aux abords de Terre-Neuve des vagues qui ressemblent à des montagnes dont l’écume mouvante serait comme un instant de neige éternelle.
      Il y aura aussi le plaisir d’une conférence sur mon projet de sculpture en Suisse LA ROUE DU TEMPS que je donnerai pour le public francophone de cette traversée, une cinquantaine de français parmi les quelques 1200 britanniques, les 500 américains et la trentaine de nationalités présentes sur le Queen.
À ce propos, ma souscription pour LA ROUE DU TEMPS est toujours ouverte, vous pouvez la retrouver sur la page d’accueil de mon site dodelaunay.com. Et c’est parce que je pars ce jour à Genève pour préparer son installation que ces Nouv’ailes paraissent dès le 8.
      Après l’inoubliable mais fraîche arrivée dans le port de New York, juste avant l’aube de ce jeudi 25 octobre, pendant que la pleine lune descendait doucement pour venir coiffer la Statue de la Liberté, il y eut l’hôtel à Times Square, la découverte du métro, de sa vétusté crade et de sa signalétique d’un siècle passé, le passage au mémorial de Ground Zero (photo 6) et la montée dans le ciel ensoleillé au One World Trade Center, plus haut gratte-ciel de la Grosse Pomme ouvert en 2014 et mesurant 1776 pieds (541m), en référence à l’année de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis. De cette tour admirée dans le soleil levant depuis les ponts du Queen Mary, nous le vîmes alors reprendre la mer (après douze petites heures de ravitaillement dont je vous laisse imaginer la logistique bien rodée) et faire un tour sur lui même dans la rade de New york pour saluer le porte-avion Queen Elizabeth a qui en son honneur fit tonner quelques coups de canon… (Photo n°5)
      Puis il y eut le ravissement des yeux et du cœur devant les toiles et sculptures du MOMA, les citrouilles d’Halloween sur les escaliers de Soho et de Greenwich Village, les écureuils, un saxophoniste et un quintet de jazz vocal dans les allées de Central Park, une messe évangélique et chantante à Harlem, et pour boucler ces denses jours sur les bords de l’Hudson, sa traversée piétonne sur le Brooklyn Bridge à la tombée du jour qui allume les lumières de la ville.
      Une fois passé les frontières peu accueillantes de la douane américaine, il y eut la chaleur retrouvée des amies québecoises, le fun automnal et francophone de Montréal, le plaisir de fouler et de se souvenir de la rue Sainte Catherine, du boulevard Saint Laurent et des quais du vieux port d’où j’embarquais il y a trente cinq ans sur un autre paquebot cette fois polonais qui s’appelait le Stefan Batory.
      Des amis suisses ont œuvré pour que se tiennent en septembre dernier une votation pour inscrire la bicyclette dans la constitution de la confédération helvétique. Cela peut paraître un détail mais imaginez les conséquences sur l’aménagement des territoires et la prolifération des pistes cyclables ! Les Suisses ont voté pour à 74%. À quand une telle initiative en France ?
      Sur les ponts du Queen, j’ai lu Avec toute ma colère d’Alexandra Lapierre, qui conte la relation tempétueuse entre Nancy Cunard et sa très british de mère, Maud. J’ai connu l’existence de cette héritière de la compagnie anglaise qui arme Le Queen Mary 2 par les photos qu’en a fait dans les années 30 Man Ray. Ses bras ornés de nombreux bracelets africains sont devenus icône des années phare du surréalisme. Puis j’ai poursuivi mes lectures maritimes par un livre au titre opportun de l’islandais Jón Kalman Stefánsson qui s’appelle D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds. Dans un récit qui s’étend sur trois générations transpire toute la puissance narrative des contes et histoires de cette île de l’Atlantique Nord. Page 47 : « La vie naît par les mots et la mort habite le silence. » Je repenserai à cette phrase et à ma maman en assistant à la Fête des Morts au Musée des Arts Amérindiens, à la pointe sur de Manhattan (photo 7). Un moment fort de plumes, danses et tambours qui résonnent dans les lointains de l’âme.
      En parlant de son dernier livre Dix sept ans, Éric Fottorino raconte qu’on lui disait qu’il était un enfant débrouillard et lui entendait qu’il était un enfant des brouillards.
      Au retour de voyage, pour rester dans le bain du voyage, j’ai renoué avec le cinéma en allant voir… Le Grand Bain, film très réussi de Gilles Lellouche et En Liberté de Pierre Salvatori…
      Cinq jours après le retour en avion, les effets du décalage horaire s’estompent doucement, à l’aller il fut peu ressenti puisque découpé en six reculs du réveil tout au long des nuits de traversée. Les vagues de ce beau moment de voyages continuent à bercer neurones et frissons de ma peau. J’écris cette chronique en écoutant la belle voix de musique de la chanteuse danoise Agnès Obel.
      Ce matin, les poissons ont des ailes de voyage.
do 81118

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