9 mai 2013 DES NOUV’AILES DU NEUF n°43

30 mai 2013 § 0 commentaire

Connaissez vous le chat de Schrödinger ?
Il est à la mécanique quantique ce que la pomme est à Newton. Schrödinger est un scientifique autrichien du début du vingtième siècle, moins connu mais tout aussi important qu’Einstein. Il a imaginé une expérience un peu baroque, voire presque loufoque, consistant à enfermer dans une boîte un chat avec un mécanisme un peu cruel : l’émission d’une particule due à la désintégration d’un atome entraîne la chute d’un marteau sur une fiole de poison foudroyant qui instantanément fait passer le chat de vie à trépas. Le principe de superposition qu’en a déduit Schrödinger est que, tant que dure l’opération et que l’observation ne la fait pas s’interrompre, le chat est à la fois mort et vivant. Partant de cette expérience et du proverbe chinois qui fait dire à Confucius que « rien n’est plus difficile que de chercher un chat noir dans l’épaisseur de la nuit » – surtout s’il n’y a pas de chat –, l’écrivain Philippe Forest a écrit un sublime roman –Le Chat de Schrödinger – aux Éditions Gallimard où l’apparition et la disparition de quelque chose sous la forme d’un chat au fond d’un jardin nocturne nous entraînent dans une vertigineuse, drôle et profonde méditation sur la perception de la réalité.
« On peut croire une chose et en même temps ne pas croire en elle. L’esprit fonctionne simultanément selon différents programmes aux convictions incompatibles, voire antagoniques. J’irai jusqu’à dire que c’est à cette seule condition que l’on échappe à la vraie folie, entretenant en soi plusieurs esprits de manière que l’on puisse, en cas de nécessité, en changer à sa guise et que quelque part dans le cerveau et sans pour autant que soit menacé l’équilibre rationnel de celui-ci, on puisse trouver parfois le refuge absurde d’une conviction parallèle qui vous permet de supporter la réalité telle qu’elle est en vous figurant qu’elle est en même temps autre que ce qu’elle est. » (Page 168).

Schrödinger s’est-il aperçu qu’en mélangeant les mots Oui et Non, on obtenait le mot Union?
Je viens juste de recevoir la réponse – négative – à l’appel à projet pour une station de tramway de l’agglomération bordelaise. Une version acier de 25m de diamètre de La Roue du Temps s’enroulant autour d’un pont et d’une voie ferrée. Je me glisse dans la peau d’un sportif qui doit aussi apprendre à perdre avant de remonter à l’attaque au filet pour le prochain match. Et pour m’encourager, une fois n’est pas coutume, je vous partage en images quelques-uns de ces projets printaniers qui dorment maintenant dans les cartons avant une hypothétique résurgence ou transformation. Pour tenir humblement et fermement l’envie de monumental qui imprègne les crayons de mes pinceaux.

« Ce sont ceux qui ne durent pas qui assurent la durée de ceux qui durent » (Salah Stétié)
« I don’t believe in God, I believe in gods », murmure Emmanuelle Devos à David Byrne dans une belle scène intime du film de Jérôme Bonnell « Le Temps de l’Aventure » . J’aime à penser que si les dieux étaient multiples, leurs esprits pourraient être à la fois vivants et morts et cela mettrait fin aux guerres de religions et autres obscures régressions. Même la fille aînée de l’Église pourrait se marier avec qui bon lui semble !

« L’hystérique est une esclave qui cherche un maître sur qui régner » a dit Lacan. La France de ce mois de Mai l’est-elle ? Ou pas ?
Le printemps est là, enfin ! L’amandier a fleuri, c’est même le premier fruitier à célébrer ainsi la fin de l’hiver. Ses fleurs blanc rosé apparaissent bien avant les feuilles et donnent à ses rameaux des allures de voile de mariée. D’où le symbole d’amour et de virginité lié à cet arbre. Qui me fait penser au dernier tableau de Bonnard qui sur son lit de mort demanda à son neveu de rajouter quelques touches de blanc pour parfaire cet ultime chef d’œuvre. Comme une promesse renouvelée de l’éternelle floraison de la peinture.
Si, plus prosaïquement et parisiennement, vous voulez vous abonner à un bouquet de fleur par semaine, soutenez l’éclosion du projet que vient de lancer mon amie fleuriste Isabelle sur le site http://bulbintown.com/projects/variations-vegetales/accueil.

Si vous croisez sur votre chemin la clarinette de Yom et la guimbarde chinoise de Wang Li, écoutez les, c’est époustouflant !
Fred est mort ! Heureusement, il nous reste toutes les lettres de l’Océan Atlantique pour lire et relire les aventures de Philémon, de l’âne Anatole, de Monsieur Barthélémy et autres Manu-manu ! Et rêver encore dans les plis de la Mémémoire…

Attrapée au vol d’une interview radiophonique cette phrase de Michel Houellebecq promotionnant son dernier recueil de poésie: « donner l’impression que l’on arrête le cours du temps est poétique ».
Dans cette époque où la vitesse du monde semble sans cesse s’accélérer, puissent ces quelques lignes au fil de votre écran être une caresse poétique sur le chat de votre temps.
do 9513

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