DES NOUV’AILES DU NEUF n °48

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9 décembre 2013

DES NOUV’AILES DU NEUF n°48

 

Poser son regard.

 

Une quinzaine de personnes sont venus poser le leur dans l’huis de mes portes ouvertes de la mi-novembre. Qu’elles en soient ici remerciées. La complicité qui se tisse là caresse le pinceau dans le sens du poil et réconforte un instant le peintre toujours trop gourmand de visites, voire évidemment de ventes. Attrapé à la radio ce dilemme : être artiste, c’est avoir envie de se cacher pour le rester et de se montrer pour le dire. Insoluble contradiction qui m’a fait souvenir du Vent Paraclet de Michel Tournier lu sur les routes autostoppeuses de Gaspésie en octobre 81, où il décrit comment l’œuvre s’écrit à travers lui. À mettre en regard des Lettres à un Jeune Poète de Rilke au panthéon des indispensables. Alors garder au cœur le plaisir de créer sans autre but que la joie de respirer la spirale euphorique du processus créateur. Sans cesse chercher une liberté à inventer et laisser le temps faire son œuvre… En être à la fois l’acteur, le témoin et le regard.

Que ce soit dans une coquille d’œuf ou un tube de peinture, ma créativité se nourrit d’origine. Puisque « si l’on ne sait pas où l’on va il faut regarder d’où l’on vient » comme dit le proverbe africain. Chercher dans l’originel la source d’un universel . Ou l’inverse. Lier Lascaux et Schrödinger. Peindre la Terre Native, il n’y a pas d’autre alternative.

 

« L’Art, c’est tout l’Univers recréé dans un homme » (Bourdelle).

 

La prochaine fois que vous voyez en pleine campagne un TGV traverser le paysage, regardez sa vitesse et imaginez les vents qui ont soufflé sur les Philippine, il y a un mois à peine… Vous souvenez-vous ou avez-vous déjà oublié?

Incroyable nouvelle : on vient de découvrir que la pollution est dangereuse ! Les gaz d’échappement des moteurs diesel, les particules polluantes de l’air ambiant viennent d’être classées dans la liste des cancérogènes avérés pour l’Homme, favorisant l’apparition de cancers du poumon et de la vessie. Mais de qui se moque-t-on pour oser annoncer comme nouvelle cette information qui tombe sous le (bon) sens ? Vous reprendrez bien un peu de saumon d’élevage en ces veilles de fêtes ? Celui de Norvège semble le plus fourni en métaux lourds ou autres perturbateurs endocriniens…

 

Quand un sourire manque d’ère, il soupire…

 

« Cette pomme est rouge du sang des noirs victimes de l’apartheid blanc en Afrique du Sud. » C’était, sous une pomme Granny Smith verte, la légende d’une affiche prônant le boycott des oranges Outspan rencontrée lors d’un stage de découverte de la non-violence au milieu des années 70. Merci Monsieur Mandela d’avoir fait sortir un arc-en-ciel de cette pomme empoisonnée.

 

Au jour d’annonce du départ de Madiba, je suis allé voir Zulu, film tiré du livre de Caryl Férey dont je vous ai parlé récemment. Polar efficace dans la violence de l’Afrique du Sud avec l’excellent Forest Whitaker. Dans la cinéphilie de ce décembre, il y a le brillantissime et très intelligent Vénus à la fourrure de Polanski qui nous emporte dans les différents jeux entre un homme et une femme, un metteur en scène et une comédienne à moins que ce soit entre deux acteurs de cinéma…

Moi qui rêve d’arriver à New York en bateau me suis régalé avec The Immigrant de James Gray avec l’émouvante Marion Cotillard. D’immigration il est question aussi dans le beau noir et blanc subtilement tacheté de couleurs du film Heimat. Nous ne sommes plus dans l’Amérique de 1921 mais dans l’Autriche de 1843.  Beaucoup ri à la vision de Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier avec un Thierry Lhermitte en Villepin flamboyant mais surtout avec le formidable vieux matou Nils Arestrup. De quoi effacer le spleen un peu tristoune de Inside Llewyn Lewis des frères Coen. Rajouter une couche de Guillaume et les Garçons, à table ! et vous avez ainsi mon ciné menu de ces dernières semaines.

 

Connaissez vous un chanteur qui aurait des tuyaux pour faire un tube ?

 

J’ai conté jadis mon arrivée à Paris ( http://dodelaunay.com/2003/) il y a maintenant trois décennies. Dix ans plus tard, pour passer de 93 à 94 je m’offris une expérience que chacun devrait à mon sens faire une fois dans sa vie : une retraite de dix jours dans un centre de méditation Vipassana. Dix jours de silence avec pour seul but de porter son regard  dans l’infime et infini intime  de soi…. Au sortir de cette randonnée intérieure, un vol de neuf hérons salua l’an nouveau. Depuis, chaque héron qui croise à portée de mes cils me relie à cette danse de silence.

 

« Un enfant qui ne tient pas en place est un enfant qui n’a pas sa place ». Le contact avec les enfants via les arts plastiques est parfois formidable (comme cette séance de pose où je leur ai demandé de me dessiner, voir la troisième pièce jointe de ces nouv’ailes) parfois affolant à observer comment certains tiennent leur crayon. Aux États-Unis, certaines écoles envisagent de ne plus apprendre aux enfants à écrire à la main, mais directement sur clavier ! À voir comment est organisé le marketing des jeux vidéo et autres outils numériques (la pénurie est planifiée pour susciter la peur du manque et les consoles sont ainsi réservées des mois à l’avance) je me dis que le capitalisme, jamais à court d’idées récupératrices a trouvé là un inépuisable filon pour satisfaire la console du je.

 

Lors de mon année sabbatique et quebécoise au début des années 80, je pris en pleine face la lecture du « Monde selon Garp » de John Irving que je prolongeai par L’Hôtel New Hampshire ». Puis il y eut « L’œuvre de Dieu, la part du Diable ». J’en lus d’autres qui me laissèrent sur leur fin, mais viens de retrouver ce grand romancier dans sa dernière parution « À moi seul bien des personnages ».

 

Qu’est ce que le regard ?

 

Un dard plus aigu que la langue

la course d’un excès à l’autre

du plus profond au plus lointain

du plus sombre au plus pur

 

un rapace                                        (Philippe Jaccottet. AIRS, poèmes 1961-1964)

 

Je vous souhaite un œuf de noël tout en plumes.

 

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DES NOUV’AILES DU NEUF n°47

24 novembre 2013 § 0 commentaire § permalink

Comme un sous-marin.

Je compare souvent mon atelier à un navire aux cales labyrinthiques avec des motifs, des obsessions, des signes qui s’enfouissent puis remontent à la surface, des marées de couleurs qui écument ou échouent sous les plages des pinceaux, des vagues de sables qui s’aiment sur les étales des rives ou se déchirent dans la toile des algues.

Pendant ces vacances de la Toussaint, ce fut plutôt un sous-marin, avec immersion totale sous le pont de la peinture. Dix jours sans heures entre réveil et sommeil, avec dans le périscope quelques films et les expos de Braque et de Vallotton dans les galeries du Grand Palais. Et aussi celle, somptueuse, de Fabienne Verdier à la galerie Jaeger Bucher.

Vous pourrez venir accoster aux portes de ce bateau libre qui sont grandes ouvertes les samedi 16 et dimanche 17 novembre prochain de 15 à 20h.

(J’ai écrit cette phrase en caractère un peu plus gros mais, s’il vous plait, lisez la à voix basse car vous êtes peut-être écouté par la NSA !)

On est toujours sans nouvelles de la matière noire qui occupe au moins un bon quart de la masse de l’univers mais dont on n’arrive pas à trouver trace. C’est pourtant simple : elle est cachée dans l’envers des châssis ! Chaque tableau est la face émergée d’un invisible cube rempli de cette mystérieuse matière …

À notre époque qui pratique assidûment la chasse aux boucs émissaires, pourquoi actionnaire rime trop souvent avec réactionnaire ?

« L’amour est la meilleure leçon d’économie du monde, dixit Mathieu Ricard dans son livre « Plaidoyer pour l’altruisme : La force de la bienveillance », il double à chaque fois qu’on le donne ». On accuse très souvent notre époque d’être hyper individualiste. Cliché rebattu par le storytelling déprimant des grands médias alors que d’autres études plus confidentielles ont montré qu’en cas de catastrophe, le premier réflexe est souvent l’aide, la solidarité (comme lors de l’accident ferroviaire de Brétigny en juillet dernier). Peut-être faudrait-il sérieusement revisiter le concept d’individuation que définit Carl Gustav Jung, comme étant (je simplifie) un individualisme qui aurait intégré la notion de collectif… Vous avez dit altruisme ?

Il paraît même que l’art favoriserait l’empathie, comme l’a démontré Jean Claude Ameisen dans son émission Sur les épaules de Darwin du samedi 2 novembre.

Peut-on être hostile au style ?

Lu dans le journal l’annonce de la candidature à la mairie de Paris d’un Gaspard Delanoë qui entre autres s’est prononcé contre le cumul des… pandas. Sans aucun doute une candidature à prendre au sérieux !!!

C’est sans doute un des anthropologues le plus lu au monde mais pas encore très connu en France. Il s’appelle Jared Diamond et vient d’écrire livre « Le monde jusqu’à hier » aux éditions Gallimard. Ses livres explorent les sociétés traditionnelles et se demandent pourquoi certaines sociétés prospèrent tandis que d’autres disparaissent. Je l’ai entendu développer le concept de « paranoïa constructive », l’art d’utiliser cette légère pathologie pour anticiper et se protéger des fâcheux. Je me suis senti moins malade en allant vérifier trois fois que j’avais bien fermé le robinet du gaz que je n’ai pas dans mon atelier…

À la vue des passagers matinaux d’un bus entier lisant Direct matin ou autre 20 minutes, je suis plus que circonspect quant à cette presse que l’on dit gratuite. Aviez-vous observé, comme l’a fait remarqué Cabu récemment à la radio, qu’il n’y a jamais de dessins dans les journaux gratuits ?

Les Turcs ont-ils des trucs pour ne pas se prendre la tête ?

« Qui tue les chiens quand la laisse est trop courte ? » C’est une phrase d’un poème inséré dans « Mapuche » de Caryl Férey que deux réseaux d’amis différents m’ont conseillé en même temps. Alors merci pour le conseil ! C’est un polar qui se passe aujourd’hui en Argentine et qui plonge son intrigue dans les bas-fonds de la dictature et la mémoire des disparus au temps où il eut fallu boycotter la coupe du Monde de foot de 1978. C’est un bouquin qui colle à l’insomnie, qui reste ouvert entre vos mains pour vous obliger à ne pas fermer l’œil de la nuit. Du même auteur, j’ai lu aussi Zulu, qui m’a transporté cette fois en Afrique du Sud. Ambiance aussi dure, mais plaisir de la lecture aussi grand ! Entre ces deux livres, J’ai remonté le cours de l’écriture de Philippe Forrest dont j’ai adoré le Chat de Schrödinger au printemps dernier, avec la lecture de son premier roman, datant de 1997, intitulé L’enfant éternel. Livre lourd à lire puisqu’il conte le récit du cancer qui emporta sa fille âgée de 4ans. Pierre angulaire de son travail d’écriture sur la disparition. Un livre douloureux qui fortifie l’envie de vivre…

Chapitre disparition, également, je suis à la trace Erlendur, héros récurrent de l’islandais Indridason toujours à la recherche de son frère disparu lors d’une tempête de neige quand ils étaient enfants. Le roman s’appelle Etranges Rivages.

Côté cinéma, nonobstant l’encombrant tapage médiatique, j’ai passé trois heures de vrai bonheur dans La vie d’Adèle.

Sans pour autant me détourner de celle d’Omar de Hany Abu-Assad. Quant à Gravity, préférez lui une bonne séance dans un planétarium ou à la Géode. Je n’ai pas vraiment ri à 9 Mois ferme. Et vous ?

Comment ne pas le dire ? Je me sens plus angevin que chauvin, notamment pour sa douceur si bien célébrée par Du Bellay dans son « Heureux qui comme Ulysse…» Mais c’est certain, je déteste plus que tout l’odeur nauséabonde des régimes de bananes qui poussent en cette contrée natale… (Allez écouter la chronique de François Morel sur Inter du vendredi 1er novembre: http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-francois-morel-le-billet-de-francois-morel-48 )

Allez, je sors mes écoutilles et vous attends le week-end prochain, avec douceur et empathie, la porte et le cœur grand ouvert.

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DES NOUV’AILES DU NEUF n°46

14 octobre 2013 § 0 commentaire § permalink

9 octobre 2013

 

« Apprendre à dessiner c’est apprendre à regarder ».

C’est Patrice Chéreau qui le dit en interview citée dans la longue nécrologie que lui consacre le Monde d’aujourd’hui. Je n’ai pas vu ses spectacles de théâtre mais beaucoup vibré à ses films. « La Reine Margot », bien sûr, « Ceux qui m’aiment prendront le train » mais surtout « Intimité », dont la scène d’ouverture faisait à merveille pénétrer sans voyeurisme dans l’infime espace de l’entre-peaux.

Jouer à cache tampon.

L’automne est là. Après un mois de septembre fourmillant dans l’atelier, j’ai repris le chemin des écoles de Rueil et de la MJC tourangelle. Dans les projets des écoles primaires, nous allons apprendre à regarder les univers des arts premiers (aborigène, inuit, amazonien, amérindien pour finir avec les dessins des Nbele d’Afrique du Sud). Et aussi travailler à partir des photos aériennes de la planète: entre autres idées, faire dessiner les enfants à partir d’une photo satellite de leur propre école. Être au cœur du monde et l’observer avec les yeux du ciel pour le couver du regard.

IMPORTANT : Notez la date du week-end des 16 et 17 Novembre prochain : L’ATELIER SERA OUVERT !!! À suivre….

S’expédier chez Montgolfier.

En Occident, QI désigne le quotient intellectuel. En Chine, le qi, c’est ce que l’on peut maladroitement traduire par souffle, vibration, énergie… Ce que Wilhelm Reich avait baptisé orgone, les hindous prana ou les pascuans mana.

Poinçonner son ticket d’arc-en-ciel.

Si j’étais une voix, je pousserais bien un coup de gueule cinéphile et même cynophile contre les block-busters américains qui déferlent chaque été sur nos écrans toilés. Y en a plus que marre de cette daube à sauce violente qui bande-annonce ad nauseam, encombre  nos fenêtres technicolor, gave les neurones adolescents et sature l’imaginaire de notre espace cinéma. Et l’on se surprend à se demander pourquoi tant de fusillades jonchent les colonnes de l’actualité outre-atlantique. Sans parler de l’envahissement des séries télévisées qui squattent nos petits écrans et deviennent des sujets « culture » d’émissions de radio. Même les défilés de couture ne sont plus nommés que sous l’appellation « fashion week » !!! Serait-ce démodé que dire « semaine de la mode » ?

Jouer à la cuillère dans l’assiette à soupe.

Bien aimé la définition d’être de gauche donnée par Michel Piccoli dans son portrait en dernière page de Libé le 12 septembre dernier: « Être en permanence vigilant sur la place que l’on occupe dans le monde ». Imaginez que vous avez en permanence un œuf de lumière qui flotte au-dessus de votre occiput et que dans cet œuf, il y a un œil qui regarde votre place dans le monde. Pour mémoire, et c’est la matière d’un projet en gestation, je vous rappelle que chaque terrien a droit sur notre planète, à une surface de 2,7hectares …

Travailler à la vigne du Seigneur.

Le mois dernier, j’ai oublié de vous parler de Grand Central, film de Rebecca Zlotowski, histoire d’amours qui se passe dans la centrale nucléaire du Tricastin, en vallée du Rhône. J’y ai repensé en écoutant l’édifiant reportage sur France Inter le dimanche matin dans le magazine Interception consacré à l’EPR de Flamanville, vous savez le joujou d’EDF à qui l’on a rajouté 2 milliards d’euros il y a quelques mois, histoire de tripler le budget initial….

Mettre la cheville au pertuis.

Il est probable que ce film sorti début septembre ne soit plus à l’affiche. Consolez vous avec « Mon âme par Toi guérie » de François Dupeyron d’après son propre roman avec le fantastique Grégory Gatebois qui a triomphé cet été à Avignon dans « Des Fleurs pour Algernon ». Pas vu ce spectacle mais ce livre de Daniel Keyes lu il a quelques décennies est un chef d’œuvre, si, si !!!

Allez voir « Miele » aussi, de Valeria Golino qui avait joué dans « Respiro » en 2002. Un film fin et subtil sur la fin de vie. Il est des actrices qui sont trop rares au cinéma : c’est le cas de Maryline Canto qui joue avec Olivier Gourmet dans « La Tendresse » de la belge Marion Hänsel. Un film tout en douceur qui fait du bien au cœur.

Défriser le petit buisson

Les coups de cœur des bibliothécaires de ma médiathèque dionysienne (dira-t-on un jour médiathécaires ?) ont du bon puisqu’ils m’ont permis de lire « La Tendresse des Loups » de Stef Penney, roman à plusieurs voix qui se déroule dans le grand nord canadien. Évasion garantie.

Faire voir la feuille à l’envers.

Si vous n’avez pas encore croisé l’univers et la belle langue de Sylvie Germain, commencez par son premier roman « Le Livre des Nuits ». Puis « Nuit d’Ambre » ou encore « Magnus ». Je viens de lire « Le Livre de Tobie ». Puis j’ai poursuivi par « Petites Scènes Capitales », son dernier roman, en lice pour le Goncourt. (J’espère que ce n’est pas le dernier, puisque la langue française n’a pas de mot pour signifier « le dernier paru »). J’y ai découvert le mot « infimité », par elle inventé.

Entre infimité et intimité, il y a place pour une infinité de regard.

À votre tour d’y voir.

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Les expressions écrites en gras sont tirées de « Les doigts de pieds en bouquets de violettes », dictionnaire coquin de la linguiste Sylvie Brunet aux éditions de l’Opportun.

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9 septembre 2013 DES NOUV’AILES DU NEUF n°45

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Un été de rêves et de mots, petits cailloux de temps glanés entre les deux.

« Le meurtrier de l’assassin l’attendait derrière la porte. Celle-ci s’ouvrit lentement de 180°, masquant son envers à son visiteur. Entrant dans la pièce il se retourna et d’une sueur glacée, sombra dans l’effroi la nuque la première. Quelque chose de puissant flottait dans l’air : la table était recouverte de larges assiettes en forme de coupes circulaires remplies de grappes de raisins verts… »

Saviez-vous que le mot « illusion » vient de « illudere, jouer librement » ? C’est Jean Claude Ameisen, par ailleurs président du Comité consultatif national d’éthique qui le dit de sa belle voix dans son émission « Sur les épaules de Darwin », le samedi matin de 11 à 12H sur France Inter.

« Une maison avec une grande baie vitrée qu’un fin store métallique baigne d’une lumière irisée bleue. Au sol, un carrelage aborigène fait de galets ocres est traversé par des lignes rouges qui convergent en un flot unique au travers d’un soleil blanc… »

Émerveillé par le roman de Philippe Forest « Le Chat de Schrôdinger » (Nouv’ n°43), j’ai poursuivi la découverte de cet auteur par son roman « Sarinagara « , mot japonais que l’on peut traduire par « cependant ». À travers le motif récurrent de la perte d’un enfant, il parle de trois grandes figures japonaises : Kobayashi Issa passé maître dans la composition du haïku, Natsume Sôseki considéré comme l’inventeur du roman japonais moderne et Yamahata Yosuke premier photographe dépêché à Nagasaki juste après l’explosion nucléaire d’août 45. Paroles autour de la mort, mais « cependant… »
Lu en juin, j’avais noté de ces pages ce court extrait « Il sent juste souffler autour de lui le grand vent calme de la vérité, celui qui, à un moment ou à un autre de chaque vie, finit par se lever, laissant chacun seul dans le vide.
À quoi tient ceci ? Que la représentation de la vie soit toujours plus poignante que la vie elle-même, que l’on pleure sur un portrait et jamais sur un visage (…) Pourquoi faut-il en passer par les images afin que nous soit rendue la vérité des choses aimées parmi lesquelles nous passons ? (…) Pourquoi ? À cette question, la philosophie donne toutes sortes de réponses. Elle dit que l’image étant le signe de la chose, elle en rappelle à la fois la présence et l’absence. Qu’elle ne nous rend l’objet aimé qu’afin de nous signifier que nous en sommes privés. Qu’elle nous désigne sa disparition mais pour nous restituer aussitôt cela qui nous manque à jamais selon le simulacre éblouissant de son don. Et il faut le regard second qu’appelle l’image pour que nous parvienne ainsi la vérité de notre vie, offerte et dérobée à la fois « .

Il fait maintenant septembre et je relis ce fragment à la lueur triste de la disparition d’O. qu’un crabe pulmonaire et fulgurant a emportée comme une avalanche de silence atterré. Elle avait participé à la préparation de la traversée Mare a Mare corse qu’elle devait faire avec la bande de joyeux rando-lurons et luronnes du Sud dont j’ai bonheur d’être depuis une quinzaine d’années. J’ai mis sa mémoire dans mon sac avec quelques cailloux de carpe diem par-dessus et nous avons marché dans la Beauté de l’Île. C’est elle qui avait proposé de faire en plus un petit fragment du GR20, et ce matin-là, les rochers de la crête sculptaient pour elle le bleu du soleil.

« Dans un festival de cinéma, des arbres artificiels sont enrubannés de filets d’arc-en-ciel. Lorsqu’un film se termine, les spectateurs font cercle et un homme en short noir fait un nœud au filet suspendu de l’arbre pour le ranger dans l’anneau de la mémoire des images. »

« La couleur est le lieu où notre cerveau et l’univers se rencontrent » a dit Cézanne cité dans le film niché au cœur de l’exposition Simon Hantai qui vient de se terminer au Centre Pompidou. Figure pas assez connue de l’art du XXème siècle, c’est un monument de peinture qu’il faut se « plier » avec joie de visiter. Comme aussi, le musée Rebeyrolle à Eymoutiers en Haute-Vienne. Autre « monstre » de peinture à la matière folle et exubérante, charnelle et matérielle…
Dans les petits cailloux picturaux de l’été, il y avait eu auparavant la troublante exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier de Paris, les sculptures du Centre d’Art de l’Ile de Vassivière, les découvertes mystérieuses et insolites du land art dans les vastes paysages du Sancy et comme apothéose estivale, une journée sous le béton résillé du bâtiment du MuCEM marseillais (Musée des Civilisations Européennes et Méditerranéennes). Une époustouflance titanesque comme le fut la brillance des écailles du Guggenheim de Bilbao.

« Je suis à New York, en même temps que FG que je vais peut-être croiser, pour faire une conférence sur l’art. Les conditions d’accès à la salle et au public sont mystérieuses et acrobatiques : il faut passer par une porte-fenêtre qui donne sur le vide…. »

Mercredi prochain, 11 septembre. Je me souviendrai de 1973. De Salvador Allende et de mon émotion en passant au pied de sa statue à Santiago il y a quelques années auprès du palais de la Moneda. Et je relirai l’article sur le livre « Les Empires coloniaux » paru au Seuil sous la direction de Pierre Singaravélou… Pour continuer à décoloniser notre vision du monde, décentrer nos regards de nos rivages impérialistes et faire émerger la conscience multipolaire de notre unique planète… À fréquenter assidûment le musée Dapper et celui du quai Branly, je mesure comment, en deux décennies, notre regard sur l’art et le monde a pu se transformer aux contacts renouvelés avec les arts dits primitifs. Les barbares seraient-ils en voie de disparition ? Certains résistent sauvagement, sur les chemins de Damas…

« Écrire de la fiction, c’est se souvenir de quelque chose qui n’a pas existé » a dit dans le poste Siri Hustvedt, écrivaine new-yorkaise qui est aussi l’épouse de Paul Auster.
N’est-ce point aussi cela, ce qui s’écrit dans la toile de l’atelier ? Redescendu des montagnes aux goûts corsés et aux gorgées de Pietra, je retrouve les gestations d’argile et de couleurs posées en juillet au pied du chevalet. Sas de reconnexion avec les rythmes de la capitale avant la reprise des cours mi-septembre à Tours et début octobre à Rueil. Et bien sûr continuer à tricoter les fils du futur avec les aiguilles des projets et les mailles de la poésie. Oser poser une infime goutte de peinture au cœur de l’intime pour toucher l’infini océan de l’universel.
Pour aider à la réintégration de la grande ville après les pérégrinations aoûtiennes, j’ai vu « Une place sur la Terre », « Jeune et jolie », « Gare du Nord » et le singapourien « Ilo ilo ». Mais le top de cette semaine cinématographique, ce fut le déjanté, baroque et réjouissant « La danza de la realidad » du franco-chilien Jodorowsky. Au creux de l’été des Cévennes du XVIème siècle, il y eu aussi le très beau « Michael Kohlhaas ».

« Dans une alternative, entre deux choix, c’est toujours le troisième qui gagne ». Creuset yin/yang où dans le vide de l’entre-deux se glisse la pensée non pas magique mais créative, inventive, mouvante.
Le désir est-il triangulaire ? Et pour cela faut-il mettre son ego dans le cendrier ?

« Un groupe de gens se baladent dominicalement. Il y a un feu dans un trou, mais c’est peut-être une tour. Dans une grotte, des branches entrelacées font du plafond très haut une merveille de beauté. Il est possible de monter par un tronc d’arbre dans la paroi de la grotte. Je m’allonge par terre pour faire une photo. La grotte débouche par une galerie transversale sur un quai de gare tout au bord de la mer… »

Entre le vide et la vie il n’y a qu’un dé de différence.

Je vous souhaite des matins de bon thé.

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DES NOUV’AILES DU NEUF n°44

9 juin 2013 § 0 commentaire § permalink

9 juin 2013

Les dix jours du Neuf.

Entre Touraine et Beauce, les pérégrinations de quelques coquilles et d’une paire de tongs rouges. En lisant « Fantôme » polar fameux de Jo Nesbo, en réécoutant les chansons du métèque Moustaki qui nous a laissé « Le Temps de Vivre » et « La Carte du Tendre ».
Avant de préparer les portes ouvertes de l’atelier, le week-end prochain (Vendredi 14 juin de 17 à 20h, Samedi 15 et Dimanche 16 de 15 à 18h, infos suivent).

31 mai : après un bref passage angevin pour visiter maman et emprunter la Twingo maternelle, je repasse par l’atelier dionysien pour chercher plumes, œufs et outils. Départ pour Veigné, près de Tours vers l’Arboretum de la Martinière sur une invitation de Michel et Agnès Davo, dans le cadre des « Rendez vous aux jardins ».
Je redécouvre le lieu après mon rapide passage à l’automne passé. Trois grandes perches de bambous donneront « Les Yeux des Nénuphars Volants » avec les ronds de plumes utilisés au Génie des Jardins en septembre dernier. Un tronc d’arbre mort fendu d’un chas à son sommet fait naître la tentation d’un Arc de Totem.
Samedi 1er juin Les Nénuphars Volants sont triangulés sur le radeau de bambous et mis à l’eau. Le fil de fer recuit se détend, les fleurs de plumes sont moins élevées que prévues, mais jouent bien avec leurs reflets liquides.
Avec bambou et échelle, Je glisse un fil de métal dans le chas du tronc, il casse. Je recommence. Un trépied de bambous me sert de servante pour enfiler les œufs bleus et dorés sur une tige de fer à béton fixé sur le côté du tronc.
Je réitère l’opération de l’autre côté avec cette fois obligation de chevaucher l’échelle pour accrocher le fil au bout de la tige en béton, le tout à 5m de haut et sans trop de casse ! Ouf, ça passe ! La délicatesse nécessaire à la mise en œuvre vient féconder la tension poétique entre la matière brute du tronc et la légèreté fragile de la ligne d’œufs. C’est Arc de Totem. Le tronc est devenu la flèche céleste d’un arc bandé de coquilles or et bleu.
Dimanche 2 juin
Il reste encore des stocks d’œufs bleus (2001) ou dorés (2012). La spirale créative est en marche, tourbillonne d’idée et s’accélère à la découverte de gros fil de fer en rouleau de 60 cm de diamètre qui ne demande qu’à dérouler le fil des œufs.
Une branche d’arbre basse et horizontale me donne envie de passer la bague à ce doigt d’écorce. Ce sera l’Anneau d’Arbre
Une passerelle vétuste me suggère entre eau et planches un sismographe poétique qui vibre au passage de pieds sur le tablier. C’est Passer’aile. Je scotche deux fils de fer ensemble mais ils n’auront pas la linéarité d’une tige de fer à béton et l’effet balancier sous le pont ne sera pas totalement satisfaisant. Le land art est avant tout laboratoire et expérimental…
Un fil est suspendu au bout de l’étang. J’y accroche deux cercles d’œufs mais l’un se tord quand je le lâche et voilà que le Soleil a rendez-vous avec la Lune. Il reste encore quelques œufs et le dimanche touche à sa faim créative : une longue ligne d’hélice monte de la surface vers la cime de l’arbre.
Il est temps de rejoindre la vallée de la Conie pour le symposium Sacval.
Lundi 3 juin
Premiers contacts entre organisateurs et artistes invités.
Mais déjà il faut aller récolter les branches de frêne avec une scie qui ne coupe pas assez bien, les piqûres de moustiques et les courbatures dans les mains. Puis c’est l’atelier meuleuse pour écorcer une partie des perches et les mettre à mesure. Au retour chez l’habitant qui me loge, je croise deux lièvres et un coucher de soleil sur un champ d’orge qui est en fait du blé barbu destiné à la fabrication des semoules et autres pâtes.
Mardi 4juin
Manque de tige filetée de 10 et de ficelle. Passage chez le Bricomarché de Châteaudun. C’est maintenant l’assemblage de la planche de plumes. Découpe des tiges filetées et perçage des trous dans les perches.
« Poétique et original » me dit une des membres du jury de sélection à l’annonce que c’est pour le « PlAngeoir ».
Mercredi 5 juin
Brève sortie de la bulle du symposium pour aller donner mes cours à la MJC de Ballan, près de Tours.
La fatigue réveille le lumbago qui sommeille aux creux des reins depuis une quinzaine. Attention et vigilance au plus près du corps, il y a encore quelques barreaux d’échelle à grimper pour faire voler les œufs des anges…
Jeudi 6 juin
Fixer la planche de plumes sur la potence de frêne, vérifier les écrous avant d’installer le tout sur la camionnette d’un artiste du coin qui aide à la logistique. Déplacer l’horizon du PlAngeoir vers son lieu d’implantation, près du pont de Molitard au bord de la Conie, rivière alimentée par la nappe phréatique avant qu’elle se jette dans le Loir. Nous sommes ici aux confins de la Beauce, au bord du Perche. L’horizon est rectiligne entre champs et ciel, qui forcément, paraît alors immense. Creuser avec la tarière deux trous aux bords de la rive, enfiler les œufs roux et blancs sur deux ressorts en fils de cuivre qui s’avèreront trop peu raides puis avec l’aide quelques bras d’artistes ou de photographes de passage, dresser cet échassier bizarre sur ces grandes pattes de bois. La tronçonneuse de Xavier viendra raccourcir les traverses obliques que j’avais prévues trop longues, la corde de Philippe fera hauban provisoire. Ne reste plus qu’à jouer de la perceuse sans fil et de la mèche de 10mm pour venir boulonner sérieusement l’ensemble. Mais le ciel se couvre d’orage et je finirai demain matin.
Vendredi 7 juin
Penser à recharger la batterie de la visseuse. Finir de fixer les différents étais de bois pour donner plus d’élan et d’envol au PlAngeoir. À l’aide d’un bâton et d’un crochet de fil de fer, remettre le tapis de plumes en ordre. Essayer en vain de redonner de la hauteur aux tongs, mais c’est impossible. Ranger le chantier et faire quelques photos en attendant la lumière du couchant. Aider quelques collègues artistes à finir leur œuvre. Ramer sur la Conie pour couper une branche gênante. Faire passer une bulle d’osier par-dessus une passerelle ou ramer à contre courant pour aider à l’envol de grenouilles de résine. Déplacer à une dizaine une auréole de saule et vite, ne pas rater la fugace lumière dorée du couchant qui reflète l’or du PlAngeoir dans le fil de l’eau du soir. Dîner de tartes aux légumes et d’une bonne portion de rires conviviaux. Passer du PlAngeoir à la plonge pour une vaisselle de toute bonne humeur…
Samedi 8 juin
Il ne reste plus qu’à couper le ruban (de bois) qui déclare le sentier ouvert et parcourir les huit kilomètres de la boucle en huit du sentier. http://sacvalunblog.fr

Bel été à vous au fil de vos ailes ! Et rendez vous au neuf du neuf…

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9 mai 2013 DES NOUV’AILES DU NEUF n°43

30 mai 2013 § 0 commentaire § permalink

Connaissez vous le chat de Schrödinger ?
Il est à la mécanique quantique ce que la pomme est à Newton. Schrödinger est un scientifique autrichien du début du vingtième siècle, moins connu mais tout aussi important qu’Einstein. Il a imaginé une expérience un peu baroque, voire presque loufoque, consistant à enfermer dans une boîte un chat avec un mécanisme un peu cruel : l’émission d’une particule due à la désintégration d’un atome entraîne la chute d’un marteau sur une fiole de poison foudroyant qui instantanément fait passer le chat de vie à trépas. Le principe de superposition qu’en a déduit Schrödinger est que, tant que dure l’opération et que l’observation ne la fait pas s’interrompre, le chat est à la fois mort et vivant. Partant de cette expérience et du proverbe chinois qui fait dire à Confucius que « rien n’est plus difficile que de chercher un chat noir dans l’épaisseur de la nuit » – surtout s’il n’y a pas de chat –, l’écrivain Philippe Forest a écrit un sublime roman –Le Chat de Schrödinger – aux Éditions Gallimard où l’apparition et la disparition de quelque chose sous la forme d’un chat au fond d’un jardin nocturne nous entraînent dans une vertigineuse, drôle et profonde méditation sur la perception de la réalité.
« On peut croire une chose et en même temps ne pas croire en elle. L’esprit fonctionne simultanément selon différents programmes aux convictions incompatibles, voire antagoniques. J’irai jusqu’à dire que c’est à cette seule condition que l’on échappe à la vraie folie, entretenant en soi plusieurs esprits de manière que l’on puisse, en cas de nécessité, en changer à sa guise et que quelque part dans le cerveau et sans pour autant que soit menacé l’équilibre rationnel de celui-ci, on puisse trouver parfois le refuge absurde d’une conviction parallèle qui vous permet de supporter la réalité telle qu’elle est en vous figurant qu’elle est en même temps autre que ce qu’elle est. » (Page 168).

Schrödinger s’est-il aperçu qu’en mélangeant les mots Oui et Non, on obtenait le mot Union?
Je viens juste de recevoir la réponse – négative – à l’appel à projet pour une station de tramway de l’agglomération bordelaise. Une version acier de 25m de diamètre de La Roue du Temps s’enroulant autour d’un pont et d’une voie ferrée. Je me glisse dans la peau d’un sportif qui doit aussi apprendre à perdre avant de remonter à l’attaque au filet pour le prochain match. Et pour m’encourager, une fois n’est pas coutume, je vous partage en images quelques-uns de ces projets printaniers qui dorment maintenant dans les cartons avant une hypothétique résurgence ou transformation. Pour tenir humblement et fermement l’envie de monumental qui imprègne les crayons de mes pinceaux.

« Ce sont ceux qui ne durent pas qui assurent la durée de ceux qui durent » (Salah Stétié)
« I don’t believe in God, I believe in gods », murmure Emmanuelle Devos à David Byrne dans une belle scène intime du film de Jérôme Bonnell « Le Temps de l’Aventure » . J’aime à penser que si les dieux étaient multiples, leurs esprits pourraient être à la fois vivants et morts et cela mettrait fin aux guerres de religions et autres obscures régressions. Même la fille aînée de l’Église pourrait se marier avec qui bon lui semble !

« L’hystérique est une esclave qui cherche un maître sur qui régner » a dit Lacan. La France de ce mois de Mai l’est-elle ? Ou pas ?
Le printemps est là, enfin ! L’amandier a fleuri, c’est même le premier fruitier à célébrer ainsi la fin de l’hiver. Ses fleurs blanc rosé apparaissent bien avant les feuilles et donnent à ses rameaux des allures de voile de mariée. D’où le symbole d’amour et de virginité lié à cet arbre. Qui me fait penser au dernier tableau de Bonnard qui sur son lit de mort demanda à son neveu de rajouter quelques touches de blanc pour parfaire cet ultime chef d’œuvre. Comme une promesse renouvelée de l’éternelle floraison de la peinture.
Si, plus prosaïquement et parisiennement, vous voulez vous abonner à un bouquet de fleur par semaine, soutenez l’éclosion du projet que vient de lancer mon amie fleuriste Isabelle sur le site http://bulbintown.com/projects/variations-vegetales/accueil.

Si vous croisez sur votre chemin la clarinette de Yom et la guimbarde chinoise de Wang Li, écoutez les, c’est époustouflant !
Fred est mort ! Heureusement, il nous reste toutes les lettres de l’Océan Atlantique pour lire et relire les aventures de Philémon, de l’âne Anatole, de Monsieur Barthélémy et autres Manu-manu ! Et rêver encore dans les plis de la Mémémoire…

Attrapée au vol d’une interview radiophonique cette phrase de Michel Houellebecq promotionnant son dernier recueil de poésie: « donner l’impression que l’on arrête le cours du temps est poétique ».
Dans cette époque où la vitesse du monde semble sans cesse s’accélérer, puissent ces quelques lignes au fil de votre écran être une caresse poétique sur le chat de votre temps.
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Des Nouv’ailes du Neuf n°42

15 avril 2013 § 0 commentaire § permalink

DES NOUV’AILES DU NEUF n°42
Histoires d’ILS et d’ELLES au pays des YEUX

« La vie aime la conscience que l’on a d’elle » (René Char).

Je ne sais pas quelle conscience avait Margaret Thatcher de la vie qu’elle a perdue aujourd’hui, mais j’enrage d’entendre la radio déverser les témoignages et condoléances sur celle dont la phrase la plus célèbre était « I want my money back ». Je sais bien qu’il ne faut pas dire du mal des morts (« à part peut-être Madame Thatcher », comme chanta Renaud) mais c’est quand même bien à cause d’elle – grande amie de Pinochet– et de son compère Reagan que le monde se réduit de plus en plus au monde de la finance. Un monde où la réalité dépasse l’affliction !

« La question est l’autre visage de la réponse. La réponse est l’autre masque de la question »

Pas de PONT DE PLUMES au Sancy, ni de REGARC-EN-CIEL à Reims. Pas d’ARCHES DE PLUMES non plus à Saint Lo, ni de FENÊTRE ARC-EN-CIEL à Carquefou. D’autres projets continuent leur lente germination, c’est mon carburant, ma came, ma vitamine…

« Pire que le labyrinthe, la ligne droite. Avec le labyrinthe, on ne sait pas. Avec la ligne droite, on ne sait plus »

« Vous connaissez l’origine du mot Golf ? On dit que ces lettres étaient affichées à l’entrée des club-houses et signifiaient en initiales : Gentlemen Only Ladies Forbidden. (Messieurs seulement, Dames Interdites). Je ne sais pas si c’est vrai mais cela reflète bien l’état d’esprit qui régnait… » C’est à la page 28 du livre de Macha Méril, Les Mots des Hommes. Un roman que l’on peut imaginer à tendance autobiographique où une femme recontacte tous les hommes qu’elle a aimés. S’en suit une savoureuse chronique où se mêlent Éros, Agapé et Philia, ces trois faces du sentiment humain que l’on pourrait trop rapidement traduire par désir, amour et amitié. Ou encore par érotisme, affection profonde et altruisme. Ou aussi élan passionné, amour du prochain et respect. Et vous, quelles sont vos définitions de ces trois faces amoureuses ? Et Macha Méril de conclure ainsi son livre : »Aimer encore et encore. Perpétuer l’amour qui est la vraie signature d’une vie. Répéter les mots, les parcelles d’un chant qui ne finit jamais ».

« On ne fait rien que seul. Mais pas tout seul »

Replonger – c’est le mot – dans le fleuve de l’écriture de Michèle Desbordes avec son dernier livre « Les Petites Terres ». Se laisser flotter dans les courants et tourbillons de sa prose poétique. Une lecture exigeante dont les mots sculptent au plus juste les émotions liquides de la belle auteure disparue dans l’envers du miroir de la Loire en janvier 2006.

« Le discours d’un nuage est un autre nuage »

Lu aussi un joli petit roman d’Hubert Haddad, intitulé « Le Peintre d’éventail ». Pour se remettre d’avoir renversé une jeune fille avec sa voiture, un peintre et designer se réfugie dans une pension de famille et découvre l’existence d’un vieux peintre d’éventail dont il devient l’élève. Le livre rejoint la réalité puisqu’il se passe dans la région de Fukushima et s’achève au printemps 2011 à l’intérieur du tsunami nucléaire. Sublimement tragique !

« Les serrures sont bien plus nombreuses que les clés. Les clés sont bien plus dispersées que les serrures »

Puisque le printemps s’est mis sur la position « frigo », je me suis beaucoup réchauffé ces dernières semaines dans les salles obscures pour voir et goûter quelques toiles. Dont au premier rang « L’Artiste et son modèle » qui a fait remonter en ma mémoire quelques échos méditerranéens que vous pouvez voir dans les images nouv’ailes jointes.
Dans le chapelet des toiles appréciées, Queen of Montreuil, No, Sous le figuier, La Religieuse, Camille Claudel 1915, Perfect Mothers et Quartet…. Un éventail de regard et d’histoires auquel j’ajouterai, moi qui écoute beaucoup la radio, le documentaire La Maison de la Radio de Nicolas Philibert. Pour voir ce qu’il y a derrière l’éventail.

Les aphorismes en italique qui parfument ces Nouv’ailes sont tirés d’un exposition de manuscrits et livres d’artistes consacrée au poète Salah Stétié.

« L’impensé fait partie du pensé comme le noyau du fruit. »

« Si vous m’avez compris c’est que je n’ai pas été clair » (Einstein).

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Des Nouv’ailes du Neuf n°41

17 mars 2013 § 0 commentaire § permalink

Un plAngeoir.
Autrement dit, un plongeoir pour un Ange. C’est le projet que je vais réaliser en juin prochain dans la vallée de la Conie, en Eure et Loir.
Peut-être que l’ange gardien qui veillait sur Stéphane Hessel y fera un saut ? C’est ce que je me suis dit à la lecture du Libé du 28 février qui était consacré à son départ. Je me souviens avoir parlé dans ces lignes en juin 2008 de « Citoyens sans Frontières » un livre d’entretien qui lui était consacré et que j’avais fait acheter à la médiathèque de Saint Denis C’était avant que son indignation fasse le tour de la planète et qu’il devienne cette figure majestueuse de l’espérance en l’humain. « Je l’aimais » titrait l’édito de Nicolas Demorand. « Moi aussi », ai-je murmuré dans les yeux humides de ce matin de RER. Et de fondre de reconnaissance devant la non-violence de ce diplomate qui a si bien dit le bonheur d’avoir aimé l’amour… L’amour de l’Amour, la haine de la Haine pour vaincre la peur de la Peur…
Non-violence… Gandhi, Luther King, où êtes-vous ? Et comment auriez-vous répondu à cette violence aveugle qui terrorise le monde ?
Lequel n’est pas à l’abri d’un vol de météorites, comme celui qui a survolé la Russie il y a quelques jours. Plus de 1000 blessés, mais c’était si loin, presque en Sibérie…. Je suis toujours sidéré du sordide de l’équation médiatique qui veut qu’un mort à un kilomètre compte plus que 1000 morts à mille kilomètres…
Passé le nouvel an du Serpent chez des amis chinois. En arrivant chez eux, la télévision allumée dans le salon fait défiler les infos de Honk Kong et leurs sous titres en mandarin. (En Chine les infos sont sous titrées, car les prononciations des idéogrammes varient d’une région à l’autre). Elles semblent à la fois identiques aux nôtres et d’une autre planète. De l’ethnocentrisme de l’actualité…. Qui ne devrait pas nous faire oublier par exemple les multiples attentats qui endeuillent régulièrement ce pays atomique qu’est le Pakistan…. Et Fukushima qui « fête » ses deux ans ! Avec pour seule promesse la certitude qu’avec les 400 réacteurs nucléaires à la surface de la planète, il y a aura d’autres catastrophes… Brrrrr !

« Il faut que le gendarme intérieur devienne gardien de la paix » a dit sur France Inter Anne Marie Filliozat en parlant de son livre « Des petits riens qui changent la vie » aux éditions Albin Michel.

C’était autour de l’année de mes six ans, dans la ferme des grands parents. Mon parrain, un grand gaillard joueur de plus de 1,90m adorait nous emmener, cousins et cousines chasser les cow-boys et autres gendarmes voleurs dans le bois voisin. Au retour de l’aventure, il prend ce jour-là l’allure sorcier en me promettant de faire disparaître un œuf sur ma tête. Et nous voilà tous en cercle et moi au milieu dans l’armise (je n’apprendrais que quelques temps plus tard, qu’il s’agissait en fait de « la remise » et c’est peut-être dans cette apostrophe-là qu’est né mon amour des jeux et des mots). Au bout de trois tours, il abat sa main sur mon crâne et me voilà dégoulinant d’œuf et de larme de m’être fait ainsi naïvement abuser. En cadeau bonus, je me ferai sermonner par ma grande mère d’avoir ainsi gâcher un œuf !!! Lorsque des années plus tard, ce souvenir remontera à mon cerveau, bien après que j’ai commencé à sculpter avec des coquilles d’œufs, ce symbole d’œuf pénétrant ma caboche de môme aura un étrange goût de mystérieuse initiation.
Des œufs, il en sera question dans le livre « Nature Art Today  » consacré au Land Art qui va paraître ce printemps. Deux pages seront consacrées à mes oves d’art. Je vous en reparlerai lors de son éclosion.

« Il faut que le flamand ose » dit-il en rougissant à la magicienne d’Oz.

En écoutant radio ou télé, amusez vous à repérer combien nombreux sont ceux qui disent «  »de façon à ce que » alors qu’il faut dire « de façon que ». Ce que l’on peut nommer les glissements progressifs du plaisir de la langue dans les lèvres des livres.
Au ciné de ce mois-ci, en haut de la pile, « Syngué Sabour » de Atiq Rahimi, d’après son propre roman, prix Goncourt étranger en 2008. Sous titré « Pierre de Patience », il parle d’une coutume afghane qui permet à une femme de livrer toutes ses pensées même les plus secrètes à une pierre jusqu’à ce qu’elle explose. Dans ce film le rôle de la pierre est tenu par son mari devenu mutique pour cause de balle dans la nuque. Impressionnant ! À voir aussi « Rendez vous à Kiruna » d’Anne Novion avec l’impeccable Darroussin.
Et une spéciale dédicace à l’ami Étienne qui m’a emmené vibrer, écouter et voir la chanteuse Camille au théâtre du Châtelet. Tout simplement magique ! Comme l’est aussi la chanteuse de jazz coréenne sous laquelle j’ai écrit ces quelques lignes. Retenez son nom, elle s’appelle Youn Sun Nah.

Un sage poursuivi par un tigre s’enfuit en courant et arrive au bord d’un gouffre. Il s’apprête à sauter pour échapper au fauve et s’aperçoit qu’il y a aussi un tigre au fond du gouffre. Mais il voit qu’il y a près de lui des fraises des bois. Il se dit « Mais c’est bon, les fraises des bois ».
C’est bientôt Pâques. En cherchant les œufs, n’oubliez pas les fraises des bois.
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Des Nouv’ailes du Neuf n°40

24 février 2013 § 0 commentaire § permalink

9 février 2013

Neuf, et même TOUT Neuf, devrais-je écrire. Car vous pouvez désormais retrouver toutes ces chroniques sur mon site tout rénové, tout beau, et donc forcément tout … neuf ! Toujours sur www.dodelaunay.com
Les NOUV’AILES – Histoires d’Ils et d’Elles – depuis mars 2009 et auparavant les 64 numéros du JOURNAL DU NEUF d’octobre 2002 à février 2009… À grappiller ou pas, au fil des fils du Net…

Je parlais le mois dernier du glissement de sens entre « très » et « trop ». Que dire de celui de l’expression « sans doute »? Réponse presque positive sur la probable éventualité d’un événement.
-« Tu viendras ?
– Sans doute !  »
Alors qu’au sens strict, si c’est « sans doute », il n’y a place pour aucun atermoiement ! De quoi douter… de son doute !

« -C’est irréel. C’est de l’utopie.
-C’est de l’utopie. C’est pour cela que c’est réel.
(…) L’homme est fait pour rêver, c’est-à-dire pour combattre et non subir. C’est la loi de l’évolution. Et surtout l’homme est fait pour la poésie. Or l’utopie est poétique. Et la poésie aura toujours raison contre le réalisme » in Miserere, roman de Jean Christophe Grangé.

C’est l’hiver. L’atelier sommeille et ne se réveille que pour quelques travaux sur papier entre encre et argile, ou quelques plaques à graver pour « L’Œuf de Yi ». C’est le temps de gestation des projets et des réponses aux appels… Il n’y aura pas de Sologne pour moi cette année, ni de Rayol (beau domaine dans le Var, là où a été tourné le film Renoir…) ni rond-point à Cugnaux. Alors attendre sans hâte Sancy, Pourcy, et autre rêve en Y, comme ce projet – Le Cercle de Yi – remonté à la surface de l’atelier au cours d’une séance de plongée en archives… J’aime bien la lettre Y, la plus métaphysique des voyelles, qui lance ses bras vers le ciel des mots et donne aux arbres le choix de ses branches… Et me porte jusqu’au bout de mon nom.

Si vous envoyez un mail au mali, il faut faire attention à bien mettre vos lettres dans le bon ordre.

J’écris avec soleil pour parler aux reflets de la lune
J’écris avec éclat de la lune pour dire l’invisible du soleil.

Pourquoi dans les questionnaires et autres sondages n’y a-t-il jamais « artiste » sous la rubrique profession ?

Entendu Alain Mabanckou à propos de « Lumières de Pointe Noire » où il conte son retour en Afrique où il n’avait pas mis les pieds depuis 23 ans : « L’eau chaude n’oublie jamais qu’elle a été froide ».

« Au rayon des oreillons, je n’ai pas bien entendu »… Bien entendu !

Quand les étrangers vivants en France pourront-ils voter sur le Boulevard Ousmane ?

« Quand nous rêvions de chapeaux en Espagne, quelles sont les visions que nous visions » ?

Être sensible pour atteindre le but, être sans but pour atteindre la cible.

Le Neuf fait vriller et c’est aujourd’hui le nouvel an chinois :

Que les ans du Serpent Serrent et Servent le Serment du Sergent !!!

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Des Nouv’ailes du Neuf n°39

9 janvier 2013 § 0 commentaire § permalink

Alors les fêtes, c’était Trop ou Très ?

C’est devenu un tic de langage, surtout chez les plus jeunes. Si c’est très bien, voire super bien, c’est alors trop bien ! Beaucoup de notre époque se reflète dans ce minuscule décalage sémantique, dans ce toc des mots qui confond l’abondance avec la qualité, le débordement avec la satisfaction… Je pense à cela en voyant un enfant (supposément éduqué au respect de l’environnement) prendre trois mouchoirs en papier pour essuyer son pinceau avant de les jeter à peine humides dans la poubelle de la salle d’arts plastiques… Trop facile !

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